gruyeresuisse

25/06/2013

Ingo Giezendanner : Grrrrrrrrrrrrr

 

Ingo.jpgIngo Giezendanner, "Zzz Züri"192 Pages, 2013, Nieves, Zurich

 

 

 

 

Ingo Giezendanner - alias GRRR - vit et travaille à Zurich. Membre du collectif « Kroesos Foundation » il est connu pour ses installations, ses peintures murales et ses dessins qui illustrent la vie urbaine en noir et blanc avec une précision chirurgicale. « Zzz Züri » est un roman graphique de la ville où l’artiste a grandi. Il, témoigne d'une forme particulière de colère urbaine. 

 

 

 

Le plasticien  capte les constructions comme les destructions de la ville ainsi que la vie de ses habitants. Le côté clean de la ville n’est souligné que par la perfection du trait. Quant au propos l’ambiance est très différente et sans concession. Sous les zébrures de la pluie la cité apparaît dans un réalisme décalé mais jamais caricatural.

 

 

 

Ingo Giezebdanner travaille d’abord sur le motif à l’aide de petits carnets avant de mettre en forme son roman en images : le montage est important. De l’ébauche l’artiste passe à un ensemble abouti. Surgit par la précision du trait l’opacité de la ville. Giezendanner ne dirige pas au pays des essences. Et si rêve il y a il finit parfois la tête contre les murs.

 

 

 

La ville est à corps ouvert loin de la danse des mots qui croient souvent guérir ce que les images montrent. Ici elles cisèlent des instants. Comme si c'était un film. Pas n'importe quel film. Une histoire de solitude collective et parfois de pauvreté. S’éprouve une atmosphère tout de même poétique par le transfert que proposent le dessin et surtout le noir et blanc.

 

 ingo 2.jpg

 

L’artiste prouve que la chirurgie esthétique faite à sa ville ne fait pas forcément des merveilles. Mais pas question au dessinateur  de s’appesantir là-dessus. Il soumet le « lecteur » à une dérive. Ses mises en images sont autant de mises en demeure au sein d’une quête de la fragilité et de la ténuité de la ville et des ses habitants. Ici et contrairement à l’idée de Baudelaire « Le cœur de la ville change parfois plus vite que celui des mortels ». Mais ces derniers restent les dindons de ces modifications.

 

 

 

Il s’en faudrait donc de peu pour que nous soyons les acteurs d’un tel film muet, les héros de ce roman d’époque et d’idées qui  se passent des mots. Ingo Giedenzanner devient l'architecte du ventre de sa ville. On le sent proche, amoureux et douloureux.  La réalité y demeure farcie de mystère -paradoxalement - par effet de surface. Elles ne sont en rien des surfaces  de réparation et ouvrent à des profondeurs.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 



09:45 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

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