gruyeresuisse

24/06/2013

Pierre Chappuis : marges des neiges

 

CHAPPUIS 2.gifNé en 1930 dans le Jura bernois, Pierre Chappuis s’est consacré à l’enseignement de la littérature française dans le canton de Neuchâtel où il vit. Son œuvre est ramassée : une dizaine de recueils, de petits essais, des ouvrages en éditions limitée avec des peintres compagnons de route. Dans une aventure de l’écriture, du regard et de la marche et à proximité d’un André du Bouchet l’auteur poursuit un chemin poétique proche du silence et du vide. Refusant tout aspect conceptuel ou égotiste il crée une oeuvre des plus exigeantes et aux paysages épurées. Il y a les miroirs de l’eau, les nuages, la neige, des éboulis. Mais cette réalité fuyante n’est pas « la sœur du rêve ». Elle résiste. L’écriture aussi simple que complexe et aérienne l’organise en bribes, bancs et décalages graphiques.

 

 

L’invention formelle sollicite le dynamisme du regard et le travail de l’imaginaire. Mais la poésie marque surtout l’écart irrévocable entre le réel et le langage. Bernard Chappuis le sculpte en ses  « Tracés d'incertitude » placés dans le paradoxe de « Pleines Marges ». Si bien que parfois

 

« Toute la nuit

 

est resté ouvert

 

sur une page blanche

 

un calepin de cuir noir.

 

 

 

Au matin, la neige ».

 


Les pépites de Chappuis  restent des moments forts de la poésie du temps. Dans « La Revue de Belles Lettres » de Genève comme aux Editions José Corti il a consigné ses notes de marcheur solitaire. Aux effets de plan et de vue d’ensemble il préfère un vagabondage plus précis capable d’évoquer les abîmes de l’être. Chappuis y plonge par les lagunes du jour et les lacunes du temps. L’écume des mots n’a souvent pour écho que la neige, sa hantise, sa diaphanéité, sa poussière. Ses volutes sont parfois prises au piège de parenthèses. Pour les dégager les mots se travestissent au besoin en italique.

 

 

Chappuis.gifCertes ils n’aboliront jamais le réel mais - entre  précision voulue et flou inévitable - ils offrent une réverbération sourde à la métaphore dans laquelle trop souvent la poésie cherche en vain son équilibre. Pour Chappuis le poème reste « ce qui peut-être n’eut pas lieu » ou  un effet de « mémoire effacée ». Pour la retrouver l’auteur marche « d’un pas inégal comme qui craindrait de se prendre dans les franges de l’ombre ». Il la suit d’un seul côté : celui « où le froid a creusé ses ornières ». De l’autre la lumière est trop indécente. Le soleil s’y fait garnement il tente d’ébouriffer et de relever la lisère de la chimère. Mais en vain.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

Pour moi la poésie trouve bien son équilibre dans la métaphore, en principe, même si cela ne se comprend que si la métaphore devient image vraie. Mais les poètes contemporains reconnus et réputés pensent différemment.

Écrit par : Rémi Mogenet | 24/06/2013

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