gruyeresuisse

21/06/2013

Peter Wuethrich et le livre : the biggest splash

Wuettrich.jpgPeter Wuethrich, « The Angels of London, Book Launch », Laure Genillard Gallery, Londres, Juin 2013.

 

Plus que jamais l'œuvre plastique du Bernois Peter Wuethrich reste liée au livre. Dans ses précédentes expositions il l'a ouvert ou développé sous différentes configurations. Soit pour le transformer ( en papillons) ou l'agrémenter ( de diverses coléoptère). Soit pour le déconstruire ou à l’inverse l'assembler avec d'autres en immenses "toiles". L’artiste n’a donc jamais cessé d’envisager  les permutations possibles de l'objet et non seulement en tant que support. Il multiplie sans cesse de nouvelles manières de les « dévisager». Il existe en effet diverses procédures pour lire leurs pensées et percer leur imaginaire. Le seul déchiffrement basique des signes selon diverses polices reste à ce titre une approche médiocre. La plus médiocre qui soit. C’est pourquoi à Londres Wuetrich fait un pas de plus dans ses avancées en devenant "auteur". Et ce sous la jaquette empruntée à la célèbre collection blanche de Gallimard. Preuve que l'image et le livre nous lie à l'espèce.

 

Wuettrich 2.jpgCelui-là reste donc plus que jamais pour l’artiste l'instrument capable de produire différentes opérations et diverses ouvertures.  "L’homme des cavernes le savait déjà" affirme Wuethrich. En conséquence il ramène  à un art rupestre mais avec légèreté et avec fun. Ses propres mots, leur montage font ce que les mots ne font pas. Leurs mouvements sous un autre horizon que celui du brochage ou de la reliure se mêlent de tressaillements. Ils empêchent toute cicatrisation. Le livre détourné, découpé, dépecé, réagencé prend l’allure d’un chien promené par son maître, d’un lit à draps ouverts. Il devient parfois la brique d'un mur qui fut un temps réduit à l’onomatopée « Splash ! ». Mais de ces « mets à morphoses » surgit désormais un imaginaire encore plus ludique. L’installation londonienne et les actions que l’artiste propose deviennent  pour le  lecteur spectateur des suppléments de conceptualisation fondés sur de nouveaux jeux d'associations élaborés afin de mettre à mal la prétendue complexité de notre érudition et notre manière de lire et de considérer le livre. Face aux conceptions surannées de la bibliothèque selon Umberto Ecco (celle où l’on entre pour en sortir héros) ou selon Borges (celle dont on ne sort pas puisque tout y est) Peter Wüthrich  invente la fausse bibliothèque. Celle qui demeure impénétrable,  résiste aux incendies d’Alexandrie. Face au fétichisme de la connaissance elle met le feu aux signes ou les fait battre la campagne comme le métro. Ou encore s’envoler.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

15:29 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

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