gruyeresuisse

18/06/2013

Marcel Vidoudez le Janus

vidoudez001.jpg

 Collectif, « Marcel Vidoudez, dessinateur érotique, illustrateur éclectique »- coffret de deux livres, chaque ouvrage 144 pages, 35 Euros, Editions Humus, Lausanne.

 

 Tout Suisse d’un certain âge connaît sinon le nom du moins l’œuvre de Marcel Vidoudez. Il baigna de ses œuvres l’imaginaire inconscient des jeunes helvètes en étant l’illustrateur de tant de livres pédagogiques. Bien des sarcasmes accompagnent aujourd’hui dans la Suisse francophone l’artiste. Graphiste et cinéaste d’animation l’auteur fut longtemps taxé de « ringardise ». Il est bon pour les jeunes créateurs suisses de tuer un tel père pour avancer. Un père double en l’occurrence. Les deux livres publiés par les Editions Humus le prouvent. D’un côté il y a l illustrateur éclectique » et main street. De l’autre l’illustrateur « électique » le dessinateur érotique qui vendit "sous le manteau" dans la Suisse romande du milieu du 20e siècle des aquarelles dites salaces. Elles semblent désormais aussi inoffensives que les « cheesecakes » de ses confrères américains : Alberto Vargas et Gil Elvgren : aà savoir  les filles qu’on dévore de vue mais qui ne s’épousent pas.

 

Leur charge érotique était pourtant chaude et le dessinateur fut mis parfois au banc des pornographes ! Preuve que les temps changent comme le prouve les textes de Pierre Yves Lador, Nicole Vidoudez, Michel Froidevaux. Néanmoins le dessinateur le plus populaire d’une époque désormais lointaine obtient une reconnaissance justifiée. Par delà les thématiques trop sanctifiantes ou à l’inverse quelque peu « renversantes » demeure un langage plastique particulier. Vidoudez se dégage subtilement du réel qu’il  évoque comme s’il vivait sa propre vie quelque soit le régime narratif abordé. Lignes claires, décors sobres, couleurs aquarellées marquent l’imaginaire du « voyeur » contemporain  comme ils modulèrent celui des écoliers d’abord assidus  et  sages avant que le feu prenne aux rêveries adolescentes lorsque dans  « l’enfer » de l’œuvre les bancs d’école étaient remplacés par d’intemporelles alcôves paradisiaques.

 

Vidoudez  n’a donc jamais eu besoin de recourir au fantastique. Il s’est contenté de créer des entrelacs et des artères compliquées et dynamiques plaquées de rose tendre pour suggérer les épidermes des écolières ou de leurs ainées à la cuisse plus légère. Dans les deux cas l’artiste sut adapter ses mouvements graphiques. Pour les dessins enfantins le trait est plus large, les plans plus placides. Pour les œuvres lestes le trait le devient au sein de dissymétries et d’oppositions en un jeu formel fait de courbes, sinusoïdes et longueurs d’« ondes» de choc où le fantasme est défénestré : manière de se faire voir même au fond du lit où les jeunes ou vieux garnements faisaient l’amour avec eux-mêmes….

vidoudez 3.jpg

L’intérêt de l’œuvre n’est pas simplement historique mais bien esthétique. Un trajet repasse continuellement en divers croisements à l’intérieur de zones centrales ou adjacentes. Contre le dessin traditionnel l’artiste a inventé des arrangements, des  permutations, des combinaisons qui ne sentent jamais le bricolage même si l’artiste pouvait travailler à la hâte. Dans chaque oeuvre les formes se répondent et charment là où l’éros coule comme un sirop d’anis. Pour Vidoudez la liberté de création ne fut donc pas un pur slogan - d’autant qu’il ne portait jamais sa signature comme une médaille. Propédeutique ou libertine, par sa qualité, son travail va bien au-delà de son temps. Et si on avait demandé à l’artiste pourquoi il dessinait il aurait répondu sans doute que c’était  pour voir se produire chaque fois un curieux « miracle » où l’humour est présent. Pieux ou non là n’est pas le problème.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

11:00 Publié dans Humour, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.