gruyeresuisse

17/06/2013

Andrea Heller est parfois trop fatiguée pour sortir

 

Heller.jpgL’artiste suisse Andrea Heller laisse vagabonder son imaginaire ou suivre des déclinaisons d’injonctions plastiques depuis plus de dix ans entre Paris et Zurich. Elle  a présenté à la galerie "Davel 14" de Cully au printemps 2013 un choix de dessins à l’aquarelle, une installation de papier et une édition sous forme de trois séries de porte-clefs gravés. Le quotidien espiègle est ici sa source d’inspiration. Et le  titre de l’exposition (tiré d’un sms) résume son projet général : l’erreur de direction y est toujours assumée comme potentiel créatif.

 

L’artiste aime flirter avec diverses types de perspectives voir de jouer avec le feu  pour son ombre comme pour sa lumière. A la fraîcheur amusée première fait place avec la maturité une ironie plus grinçante et un sens de la dérision qui se combinent à la qualité de réalisation. Proche des abîmes le travail n’y tombe jamais. Tout ce qui pourrait être hystérisé est canalisé dans le jeu d’effets opposés : le poids d’une météorite est allégé par sa transformation en coquille, la pluie est asséché mais continue de tomber sous forme de laine.

Les aquarelles et certaines manipulations d’objets ne rendent pas forcément compte d’une conception beaucoup plus large. Pour son “Death Disco” (2006) et son “Death Jukebox” (2007) au côté d’un autre artiste (Paul Harper) elle a demandé de manière médiumnique à des chanteurs pop-rocks décédés leur « play-list » de chanteurs vivants. Les réponses combinées à la transcription des conversations entre le medium et les morts ont été publiées en deux livres d’artistes.

 

Andrea Heller prouve là son goût pour l’humour noir, la transgression et le langage. On les retrouve  très souvent dans ses œuvres. Mais sortant de l’humour trop décadent elle s’intéresse tout autant et par exemple aux rapports ambigus entre l’homme et l’animal à « Die beruhigende Aura der Tiere » (L’aura rassurante des animaux)  2006) répond une œuvre où est mis en exergue le danger de la vie avec les animaux domestiques et de la ferme.

 

Heller 2.jpgPhotographies tirées de journaux, objets trouvés sont souvent à la base de ses assemblages. Ils doivent tout autant être pris dans leur littéralité que dans leur sens poétique. Ajoutons que les titres de ses œuvres sont souvent programmatiques : on citera  « Beim Tier genau so wirksam wie beim Menschen" (aussi évidents pour les animaux que pour les êtres humains)  ou « Freunde findet man überall auf der Welt » (chacun peut trouver un ami quelque part dans le monde). La condensation linguistique rapproche l’œuvre autant des théories de Saussure que d’un nouvel arte povvera aux encres de plus en plus violentes dans  « Neutrale Tinte » ou « Permanent Violet ».

 

Fidèle au principe cher à la poétesse Emily Dickinson qui travaillait selon un cercle  en élargissement progressif de circonférence, Andrea Heller  va d’éléments en éléments en ajourant de plus en plus le disque de visibilité. Son travail oscille en un double mouvement de diffusion et d’absorption. L’écart entre ces deux termes  n’est pas si éloigné que cela.

 

L’objectif reste toujours le même : s’éloigner des vulgates esthétiques ou idéologiques en choisissant des chemins de travers. Ils permettent des études aussi physiques que métaphysiques  et des interactions entre la matière et l’esprit. Ces échanges ne sont  jamais  fumeux. Ils produisent de la couleur et créent divers types de volume en un arrêt du temps comme en sa mise en mouvement. Dans la suite des images, dans leurs plis, dans les papiers blancs, monocolores ou aquarellés, sur C.D. ou sur n’importe quel support s’affirment la différence dans la similitude  et l’altérité dans la ressemblance. Cette dialectique conjointe est assez rare pour être soulignée.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

09:12 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Je découvre avec grand intérêt ce magnifique papier sur Andrea Heller et vous en remercie. L'exposition à Cully est en cours, du ma au sa 15h-18h ou sur rdv jusqu'au 6 juillet. www.davel14.ch

Écrit par : Carmilla Schmidt | 17/06/2013

Les commentaires sont fermés.