gruyeresuisse

31/05/2013

Michael Rampa et la vie sauvage : entretien avec l'artiste

Rampa 6.jpg

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? un sillage

A quoi avez-vous renoncé ? Vivre sauvage parmi les tigres blancs de Sibérie

D’où venez-vous ? D'une langue faillible 

Qu'avez-vous reçu en dot ? Mon chat

Qu'avez vous dû "plaquer" pour votre travail ? Une part de contemplation

Un petit plaisir - quotidien ou non ? Un thé bleu-vert

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Beaucoup aiment le café

Quelle fut l'image première qui esthétiquement vous interpela ? Une belle femme en béquilles, la jambe dans le plâtre

Où travaillez vous et comment? J'effectue de nombreux aller-retour entre la toile et le fond de l'atelier

Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ? J'écoute rarement de la musique en travaillant

Quel est le livre que vous aimez relire ?« Cities of God” de Graham Ward

Quel film vous fait pleurer ?« Where the Wild Things are ».

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez vous ? Petit il m'arrivait de me regarder dans la glace en répétant "c'est moi, c'est moi" jusqu'à un point de rupture :  il me paraissait alors absurde et inconcevable de n'être que "ça"… angoisse garantie

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? certaines personnes aimées secrètement

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? Le parc national Henri Pittier au Vénézuela

Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ? En ce moment, Caravage, John Maus, Morris Louis, Fra Angelico, Robert Alfons, Jérôme Game, Cronenberg (70's, 80's), Altichiero, Franco Battiato, Vermeer, Barnett Newman, Luigi Ghirri… to name but a few...

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Une guitare

Que défendez-vous ? Une certaine naïveté 

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? Jésus Christ a quelque chose à offrir, mais on pense souvent ne pas le vouloir…

Enfin que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?". I'm failing to grasp the quote's subtlety...

 

Entretien réalisé avec l'artiste par Jean-Paul Gavard-Perret, le 30 mai 2013.

 

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Claire Nicole : le poète et son double

 

 

Tricoit Nicole Prémel.jpgGérard Prémel « Les Trois Vents », pointe sèche et collage de Claire Nicole, collection Leporello, Passages d’Encre, Moulin de Quilio, Guern, 2013, 50 Euros.

 

 

Souvent les mystères poétiques ne restent mystérieux que par la littéralité soustractive du langage qui - forcément abstrait- transforme le réel en concept. D’où chez les poètes le recours à la métaphore. Gérard Prémel s’en défend. Il préfère qu’une image tierce  intervienne et mette le feu à l’écriture par l’émotion visuelle. Les interventions de Claire Nicole sont donc là pour trancher.  Elles ne proposent pas de ces simples miroirs narcissiques au texte et qui  n’ont valeur que de néant. Le texte plonge dans un autre miroir. Miroir de l’eau si l’on veut. Les mots noyés dedans s’y tordent.

 

Gérard Prémel est de ceux qui sans se vanter créent une véritable « écriture à l’estomac ». Elle ne se porte pas à la boutonnière. Toutefois la Lausannoise Claire Nicole lui apporte un supplément. Dans la fugue des trois vents du texte l’artiste ouvre  l’espace à une émotion nouvelle. Preuve que cette réalisation due à Christiane Tricoit est par excellence un livre de création.

 

Claire Nicole y poursuit des apparitions dans le corps de l’écriture. Un espace est à l’intérieur de l’autre espace.  L’espace n’est plus à l’intérieur des mots ou des images il est dans leur cohérence défaite et recomposée. Sans les créations plastiques de Claire Nicole le texte resterait un théâtre pour les aveugles. Grâce à la pointe sèche surgit une ouverture de l’espace. Au tissage cérébral des mots se superpose le réveil d’un labyrinthe de pôles et un maillage d’échos.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

29/05/2013

Michael Rampa : cérémonies secrètes

Rampa 2.jpgA la luxuriance et à la complexité du végétal tropical peint et dessiné par le lausannois Michael Rampa répond la solitude de l’être. Parfois il apparaît perdu dans une flore qui devient son écrin, sa matrice. L’artiste par son attention minutieuse à la nature et ses calligraphies insolites crée avec le végétal un rapport des plus sophistiqué. Chaque œuvre devient une chambre des merveilles et une sorte de caverne à ciel ouvert.

Michael Rampa propose une alchimie d’un double point de vue. Ce que son regard découvre sa pensée ou plutôt son imaginaire le filtre. Ce qu’il observe du réel exotique il le transforme. L’œuvre devient une quête où Rousseau rejoint les grands explorateurs. Comme né trop tard dans un monde déjà passé, le créateur rythme son œuvre de cette sauvagerie. Elle vient soigner notre nouveau millénaire malade de ses terres trop industrialisées. Chaque toile ou dessin remonte donc aux Origines. Surgit un modèle inédit de force et d’énergie du végétal façonnées par les forces telluriques d’en bas.

 rampa 4.jpgImbrications et tressages entre ordre et chaos créent des paysages aux tensions moins sauvages que maternelles. Une sensualité animiste surgit aussi de l’univers imaginé. En dépit de son contexte il n’a rien d’humide, de suintant. Michael Rampa épure le grouillant afin d’inscrire des paysages très agencés et structurés. Les intériorisations y tiennent du recueillement à tous les sens du terme. Mais le plaisir et l’angoisse éprouvées restent de l’ordre d’une « extase matérielle » (Le Clézio).

L’artiste transforme non le réel mais les questions qu’il pose. Il croit en une forme d’hellénisme, en une vertu de la beauté, une idée du beau et de ses formes. Par ses propositions de déplacement il apporte une manière de régénérer le regard. Il faut d’ailleurs que celui-ci se dédouble pour embrasser l’œuvre capable de poétiser le réel en une maïeutique particulière. Michael Rampa y exprime la ténuité de la nature et de l’art en leur perpétuel échange.

L’expérience sensorielle liée à la trace devient matière de résurrection. Et ce jusqu'au personnage perdu dans les toiles. Plus qu’un sujet rupestre il est de notre temps et bouscule les références. Seule présence d’origine « animale » il représente bien plus qu’un prétexte symbolique ou métaphorique. Il offre son éphémère à l’éternité d’une forêt première. D’où la sophistication de l’art là où on l’attend le moins. Il s’agit de conserver au sujet son désir mais aussi de conserver l’intact d’une sensation visuelle quasi primitive.

Rampa 3.jpgDe telles cérémonies secrètes restent la manière de s’extraire du temporel et de l’anecdote mais sans rejoindre totalement un monde d’universaux. Restent la transmutation du monde et la présence de réminiscences de l’enfance. Les métamorphoses de Michael Rampa font que l’éphémère n’en finit pas de rejoindre d’impénétrables éloignements qui font le jeu de la proximité.

Jean-Paul Gavard-Perret

15:27 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)