gruyeresuisse

22/05/2013

Catherine Bolle : lorsque les mots poules mouillées n'ont plus les plumes au sec

 

 bolle 3.jpgNote préliminaire : Pour ses travaux dans le domaine du livre de création, Catherine Bolle associe parfois ses propres textes à son travail plastique. Elle se met aussi  et surtout non au service mais en « repons » avec les auteurs qui la touchent. De grands anciens tels que Bachelard, Roger Caillois, C.F. Ramuz, Catherine Pozzi. Mais surtout des poètes d’aujourd’hui : Clara Blatter, Israel Eliraz, Mathieu Messagier, Jean Mambrino, Henri Meschonnic, Salah Stétié, J-L Giovannoni ou encore le photographe Olivier Thomann. Pour ses réalisations elle a travaillé avec les plus grands ateliers de gravure : Thiery Bouchard, Raymond Meyer ou encore L’Imprimerie Nationale de Paris.

 

 

 

Bolle 6.jpg  Sans les images le texte reste un théâtre pour les aveugles. Avec les interventions plastiques de Catherine Bolle surgit une ouverture de l’espace. Au tissage cérébral des mots se superpose le réveil d’un labyrinthe des langues, un maillage d’échos.

 

Souvent les mystères ne restent mystérieux que par la littéralité soustractive du langage qui forcément abstrait le réel. Face à elle les interventions de l’artiste mettent le feu à l’écriture. Le feu de l’émotion visuelle. Ses interventions sont tranchantes et non retranchantes.  Elles ne proposent pas de ces miroirs narcissiques qui  ont valeur  de néant. Il s’agit de plonger dans un autre miroir. Miroir de l’eau si l’on veut. Les mots noyés dedans s’y tordent. Si bien que l’idéalité des mots poules mouillés ne reste plus les pattes au sec. 

 

Bolle 1.jpgBien des poètes prétendent leur écriture à l’estomac  mais elle n’est qu’à leur boutonnière et pour que leurs textes soient vraiment  « radok et rak » (Artaud)  l’image n’est pas un mal. Au contraire. C’est même plus qu’un bien : une nécessité, une sauvegarde. Attention toutefois : il ne faut pas le dire aux auteurs concernés sous peine de les fâcher...

 

Dans la fugue de leur texte se respirent soudain un espace, une émotion nouvelle. Catherine Bolle poursuit leur apparition du corps de l’écriture à celui de l’image. Celle qui n’a pas de mots donne tout. Celui qui a les mots se donne à toute sa présence. Un espace est à l’intérieur de l’autre espace.

 

L’espace n’est plus à l’intérieur des mots ou des images il est dans leur cohérence défaite et recomposée selon un hymen particulière. S’y voit une lumière-nuit La nuit lumière de deux théâtres ou d’une scène en diptyque.  Il y a deux inscriptions, deux  étendues continentales. Le texte n’est plus tout à fait à l’intérieur de lui-même. Il n’est pas pour autant à l’extérieur de lui.  Idem pour l’image. En ouvrant l’un ou l’une l’autre s’ouvre. Quelqu’un parle dans les mots, quelqu’un dessine dans les images - non à leur place, ni dedans, ni dehors, ni même en travers mais entre elles et eux.

 

 Bolle 2.jpgIl s’agit non de lire ou de regarder mais de respirer pour se frayer un chemin. Se placer dans le temps et l’espace afin de découvrir ce qui serait sans cette métamorphose ni vu, ni pensé, ni dit : éther vague, chair du monde.  Grâce à Catherine Bolle la parole ne sort plus des mots elle vient de l’intérieur des images.  Elles ne sont pas seulement les visiteuses mais les marques d’une ouverture secrète, d’un passage étranger.  Elles sont la marque manquante du mystère de l’écriture.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Commentaires

La poésie a toujours pratiqué l'image, a toujours créé des figures... C'est vrai que c'est indispensable, quoique disent certains éminents poètes contemporains.

Écrit par : Rémi Mogenet | 23/05/2013

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