gruyeresuisse

20/05/2013

Not Vital : le déplacement vers la peinture

Not 3.jpg A 19 ans Not Vital décida d’être sculpteur. Il avait (dit-il)  tout autant imaginé de devenir cultivateur de rizières, avocat ou assassin. Mais l’art lui offrait bien plus de liberté.  Il est donc devenu  un plasticien alchimiste. Il ose les mixages de matériaux les plus improbables : métal, plastique, fibre de verre, thé, charbon, restes ou peaux d’animaux, savon, etc.. Tout se métamorphosé au sein d’une quête de la sublimation. Depuis peu - à avoir son arrivée en Chine dans le Caochangdi (district de Pékin ) où il a installé un de ses nombreux ateliers  -  le natif de l’Engadine a étendu sa pratique à la peinture.

Depuis 2009 il  propose des  autoportraits et des portraits de ses proches tels que son maître de Tai Chi , ses assistants et ses amis. Sa palette est des plus spartiates. Elle est, à l’origine,  le fruit d’une contingence : « je suis rentré avec mon assistant dans un magasins de peintures, j’ai acheté deux toiles, deux tube de peinture ‘un de couleur ivoire, l’autre couleur titane) et deux brosses. L’après-midi même j’ai réalisé mes deux premiers portraits : ceux de mon assistant Li Gao devant une montagne grise ».. Depuis ces premiers essais les toiles  de Not Vital se composent toujours de blanc, de noir et de gris. De telles couleurs donnent à ses peintures l’impression  d’images prises sous rayons X. Les montant sur des structures de bois et de verre épais l’artiste leur ajoute une qualité sculpturale : elles  se transforment en objets en 3 dimensions.

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 Une telle  approche n’est donc pas un virage mais plutôt une poursuite selon d’autres moyens de sa recherche même si elle ouvre un nouveau chapitre dans son existence vagabonde. Après la Suisse et l’Europe, l’artiste a déjà exploré l’Amérique du nord, l’Amérique du Sud (il a une île qui porte son nom au Chili) et l’Afrique. Pour Not Vital peindre est comme gravir une montagne afin d’en atteindre le sommet. Il existe différentes voies pour y parvenir. Mais dans cette ascension la lumière, les formes, les couleurs changent constamment et parfois « le brouillard recouvre tout » dit l’artiste. C’est pourquoi il se contente de peindre ce qui en dépasse en face de lui. Cela - ajoute-t-il - est « mieux que rien » . Il aurait même été capable de se contenter de moins comme le prouve ses suites de visages énigmatiques. Ils semblent extraits des limbes.

Celui qui aime « déplacer les montagnes » de son Engadine natale répond une nouvelle fois à ce que Nietzsche demande à la peinture « l’ivresse de la grande volonté qui se fait art ». Ses créations picturales sont propres à défier la pesanteur selon une voie nouvelle. Renonçant pour un temps à la puissance de l’architecture, l’artiste pour cette quête entre émergence et effacement parvient à exhumer des images  primitives et sourdes. Preuve que celui dont la lecture de chevet est « Le Maître des échecs » réussit là une superbe diagonale du fou.

Jean-Paul Gavard-Perret.

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