gruyeresuisse

16/05/2013

Les images galectiques d'Annaïk Lou Pitteloud

 

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Ce qui est direct, « simple » est le plus compliqué. « L’image la plus simple n’est jamais une simple image »  rappelle Georges Didi Huberman. Annaïk Lou-Pitteloud le prouve en donnant la priorité à l’intelligence et l’esprit d’analyse sur l’émoi, l’affect et le sentimentalisme. Pour elle l’œuvre dans ses schèmes simplifiés ne se limite pas pour autant au geste, au minimalisme et encore moins à la caricature. L’artiste la jouxte sans jamais y tomber. Elle sait en effet que la caricature n’appelle qu’une satire pernicieuse car  trop peu porteuse de substance.

Son travail d’ironie lorgne vers la démystification plus que vers la franche rigolade. Dans l’esprit d’un Kossuth la lausannoise renouvelle une forme d’art conceptuel en un retour (antre autre) sur « la nature linguistique de l’art » en tenant compte des éléments employés pour sa construction. L’abstraction prend par exemple le sens d’un faire abstraction à travers la figuration de mots saisi en des acceptions ou situations nonsensiques – même lorsqu’il s’agit d’un simple « A » sur un plancher.

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Plus généralement dessins, photographies, constructions quittent l’empâtement au profit de l’économie  plastique. Le rôle est de mettre à nu la mécanique de divers types de références. L’artiste les descelle quelles qu’en soient les provenances : le réel ou l’imaginaire qui préside à la représentation.

La Lausannoise neutralise bien des discours et impose un système d’exhibition et de proposition de lecture qui deviennent des trompe-l’œil d’un nouveau genre.  Plutôt que de parler de déconstruction de l’image il faut insister plutôt sur la présence d’une autre narrativité. Elle inscrit la distance plus que la dérision afin de porter un « message » social ou politique souvent fort car implicite : puisqu’il oblige le spectateur à construire sa propre lecture et analyse

L’intelligence préside à ce travail. Toutefois l’émotion n’est pas absente. D’où la féerie proposée en forme jamais violente. Néanmoins tout est fait sinon pour atténuer les effets de l’affect du moins pour ne pas les afficher afin qu’ils ne cannibalisent en rien le propos iconoclaste. Dès lors la féérie est volontairement glacée. Existe là une forme d’inter-lucidité impressionnante chez une jeune artiste.

 

J-Paul Gavard-Perret

 

 

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