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15/05/2013

Hubert Renard : Autobiographie du tableau

 

 

 

Hubert Renard, « Sans Titre », Art&Fiction,  coll. « Re :Pacific », Lausanne, 2013, 184 pages, 30 euros..

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Vidéaste, photographe, dessinateur de plans improbables mais fascinants Hubert Renard est un artiste du paroxysme. Et désormais un écrivain du même type. Dans « Sans titre » il joue avec la fiction afin que la peinture – son acte fondateur comme son exposition -  mérite  une autre attention.  Tension et abandon, évidence et perte, réalité et rêve deviennent indissociables.

 

Dans « sans titre » (nomination souvent accordée au tableau plus qu’à un livre)  grand chef d’œuvre du XXIème siècle se confesse à un visiteur pour redresser ce qu’on raconte à son propos. Cet objet « supérieur » va ainsi se « réfléchir » de sa naissance à son accrochage. Il a beau affirmer au visiteur  « Laissez moi vous dire que je suis comme vous infiniment surpris et totalement incapable d’expliquer ce phénomène qui nous lie » le « narrateur »-objet et sujet met à plat le système de l’art et donne des indices sur ses mystères.

 

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Un tel « biopic» ne risque pas de dégénérer dans un triste bavardage autobiographique. Il reste la fiction d’une fiction. Une fiction de la peinture comme le fit Balzac avec son « Chef d’œuvre inconnu ». L’autobiographie de l’objet permet de comprendre les hautes et basses taches que réclame le travail artistique. L’écrire revient à dégager l’image de son  enveloppe, d’approfondir sa figure pour tenter d’en faire apparaître une autre.

 

Il prouve que - même en plus belle fille du monde – la toile ne peut même pas montrer tout ce qu’elle a. La fiction se charge de ses cris muets, de sa rigueur, de sa sincérité et aussi de sa rouerie. Les mots deviennent son abréviation ou son prolongement incantatoire. Une« ex carnation » en émane : elle dépasse le merveilleux mirage qu’on accorde à l’art.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

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