gruyeresuisse

11/05/2013

Claire Nicole : à corps perdu, accord ouvert.

 

 

Livres de Claire Nicoles entre autres aux éditions Empreintes (Chavannes-près Renens) et éditions Couleurs d'Encre (Lausanne).

 

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A travers une série de "constantes" et en partant du réel Claire Nicole construit une œuvre passionnante et exigeante. Tout se saisit dans les profondeurs d’abîme qu’il convient e découvrit patiemment. "Ce qui me surprend, c’est que je pars d’éléments, de matériaux qui sont tirés de notre univers pour bâtir un autre monde qui n’a rien à voir, précisément, avec les images que l’on rencontre en voyageant et qui auraient pu servir de fil conducteur à ma peinture. On n’invente rien, on met en forme différemment. Le monde qui m’intéresse est celui de mes propres émotions, quel que soit le lieu ou l’atelier dans lequel je me trouve. Paradoxalement, je ne travaille pas dans la nature..., j’aime l’atelier fermé. La nature, je l’aime pour m’y promener" écrit l’artiste. 

 

Il faut en effet l'isolement et le silence pour que surgisse  ce qui se trame pour la révélation d’un secret.  Claire Nicole découvre  un  champ du visible en ouvrant un accès comme défendu, dans le non-manifeste, le non manifesté. Hors du tumulte elle achemine la vision sur un carré  d'inconnaissance en agrégeant le sol à l'encre. La terre gravide, les limons intégrés deviennent  des corps gravé, des  rapts  de lumière, dans l'infranchissable énigme de l'ailleurs ici même, ici bas. L’excavation du cuivre, l'ajout des matières, la complexification des espaces explorent le réel afin de pénétrer l'inconscient du monde, de l'être et sa déhiscence.

 

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Dans les œuvres de Claire Nicole surgit une surface particulière qui suscite le sentiment d’une texture. Celle-ci garde mémoire de tous les accidents, les traces d’éraflure ou de blessure jusqu’à sembler une peau scarifiée par laquelle s'éprouve la sensation de contact directe, presque physique avec de tels travaux. Les premiers essais lithographiques de l’artiste remontent au début des années soixante. Progressivement ses estampes deviennent plus expérimentales : les superpositions de divers procédés s succèdent aux lithographies obtenues en un seul passage, la couleur se substitue au noir.

 

Sous la gouache qui la métamorphose en  divers tonalité d'une même couleur une surface rugueuse mais lisse (par la loi de la presse du graveur) est marquée de l’empreinte du temps mais permet de pénétrer plus loin dans la matière. Soudain une réalité inconsciente reprend corps à partir de  ces matériaux  imprégnés à nouveau de vie par on ne sait quelle mémoire : mémoires des êtres ou celle du temps, contrainte du regard par la matérialité de l’objet ou la sédimentation des signes. Ils  nous livrent parfois et paradoxalement l’épaisseur de la “ chair ». Chaque image induit un véritable dévoilement. Elle possède le pouvoir de réduire ou de condenser l’univers en des figures simples et qui paraissent énigmatiques. 

 

Il existe de plus chez l’artiste une certaine “ mystique ” dans la mesure où à travers ces œuvres se découvre une présence magique. Chacune devient icône, image mentale par la mise à nu de la spécificité du langage plastique en une sorte d’incarnation ou d’écho au chant d’Hypérion : “ Tout advient par désir et s’achève dans la paix. Les dissonances du monde sont telles les querelles des amants. Leur réconciliation fait que ce qui a été séparé se rassemble ” . Ainsi, par delà la surface, sorte d’écume des jours et de vie,  un accord profond abrite ce qui devient  dans le travail de l’artiste une forme de chant capable de faire ressentir une troublante présence au monde.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

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