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08/05/2013

Alexandre Loye : habiter le monde

 

Alexandre Loye, 9 gravures, Art&fiction, Lausanne.

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Né en 1972 en Valais, Alexandre Loye diplômé de l’École Supérieure d’Arts Visuels de Genève vit et travaille à Lausanne. Il a notamment exposé à la Galerie Grande Fontaine de Sion, à la Galerie Rosa Turetsky (Genève), à la galerie Le Cube (Estevayer-le-Lac). Il a publié aux éditions Art & Fiction un livre à quatre mains avec le peintre Yves Berger (« L’Araignée jaune ») et a créé une version graphique du « Makar pris de soute » de l’écrivain russe Andreï Platonov. Sa peinture et ses dessins sont figuratifs mais d’une manière particulière. En surgit un univers aussi familier (le bord de ville où il habite) que sobrement fantastique et riche d’un imaginaire acéré. Le jeune artiste voit non seulement ce qu’il a devant les yeux mais en deçà : «  j’ai à l’esprit une image des immeubles que j’ai laissés dans mon dos. Je vois mon balcon resté derrière moi. Voir, c’est aussi penser, et je ne peux me contenter d’une fenêtre sur un paysage immobile. Je veux peindre l’horizon qui ondule au rythme de ma marche, la verticalité de l’arbre qui s’écarte pour me laisser passer » écrit l’artiste.

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Sensations et émotions quittent la ville pour être charpentées dans l’atelier. De telles images posent la question du sens des choses et des paroles. Selon Alexandre Loye les immeubles, les routes deviennent des signes et des « mots ». Dans ses dessins il les laisse tels quels.  Dans ses peintures ils subissent des métamorphoses, prennent une autre consistance afin de s’adresser autant à l’animus qu’à l’anima, à l’esprit qu’à la sensation. Dès lors la figuration traduit le ressenti d’un monde que sans l’artiste on ne percevrait pas forcément. Parfois, écrit-il, «  c'est en pelant des patates que ça m'apparaît: quelques éléments essentiels d'une image possible ». Surgissent alors des mutations longuement fomentées avant que l’image éclate. De manière ironique ou non : mais toujours poétiquement déplacée. Preuve que l’artiste a raison lorsqu’il affirme  « Faire pousser de la peinture, c'est comme faire pousser des salades». Mais la peinture nourrit plus longtemps car son empreinte est durable. Elle permet d’atteindre un horizon où l’imaginaire et le réel se rejoignent. Soudain l’araignée qui est dans la tête de tout créateur se retrouve en jaune clair sur l'aire bitumée d’un quai de la gare de Lausanne. Alexandre Loye reste donc l’artiste bien trop méconnu qui parle la vie à travers ses œuvres sereines et drôles, pudiques et habitée. Oui c’est bien là le mot clé. La peinture est là habiter le monde un peu mieux afin d’y avancer. Même quand il pleut.

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Jean-Paul Gavard-Perret

11:36 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

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