gruyeresuisse

03/05/2013

La face cachée du directeur et créateur du MAMCO

 

 Christian Bernard, « Petite Forme », Editions Sitaudis, Vallauris, 2012, 64 pages, 12 E.

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En posant la question « La poésie a-t-elle encore / un avenir radieux (….) /ou sera-t-elle le dépotoir / de nos déconvenues ? » le directeur du Mamco répond de manière circonstanciée dans une série de petits livrets. Il les a distribue de manière amicale et pudique à un cercle d’amateurs. Les plus récents portent le nom de « Lettres »  (numérotées chronologiquement). Elles sont éditées hors commerce par « Walden n press – Trémas » à Genève.

 

Pierre Le Pillouer a eu l’excellente idée d’ouvrir sa maison d’édition en reprenant certains de ces textes épars. Il a donc rassemblé cinquante sonnets de l’auteur. Des sonnets libres et iconoclastes à travers lesquels l’auteur devient ce qu’il dit lui-même à propos de John Armleder : « adepte de l’attente et de l’adoption du contingent ».

 

Ces poèmes d’allures disparates ont de fait un air de famille. Le sérieux y rivalise avec l’humour, le factuel et l’éphémère avec une pérennité de fond (er de forme).  L’essence poétique  reste aussi discrète que subtile. Tout semble saisi - rythmes volubiles et resserrés  et pieds désinvoltes - de manière simple et comme à l’état naissant.

 

Rien pourtant de plus difficile que la simplicité en art comme en poésie. Mais Christian Bernard ne se laisse jamais englué dans la grisaille de réminiscence. Il va l’amble dans un territoire inédit. Il devient un parfait irrégulier de la langue, de la métrique et de la versification qu’il bouscule avec discrétion.

 

La pensée poétique s’y invente. Chaque texte se métamorphose en un espace de cillement. Tout y reste calme, ouvert, drôle et grave, déconstruits mais tenus. Tout est mis en tension aux antipodes des tentations régressives de trop de corpus. L’œuvre est donc minutieusement agencée hors pathos et dans un art subtil de l’esquive.

 

Christian Bernard n’est dupe de rien. Ni de lui, ni des autres, ni des lieux de pouvoir. Dans ses textes concis et bref le temps peut s’étirer  comme un chewing-gum ou s’effilocher au standing « des ovations télécommandées ». En surgit au sein de la farce sociale une durée dont à force

« Aucune langue ne sucera

plus les orteils ne lèchera

son clitoris. Les petits fours ramollissent

sur leur napperon de papier ».

Il y a là toute la cruauté et le sarcasme allusifs de celui qui devient notre nouveau fabuliste.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

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