gruyeresuisse

02/05/2013

Fabienne Radi : que reste-t-il de nos amours ?

 

 

 

"Vingt-quatre images",  2013, 103 pages. Livre d'artiste édité avec le soutien du Fonds cantonal d'art contemporain de Genève) et du (Fonds d'art contemporain de la Ville de Genève, 24 CHF / 20 euros. Disponible au Mamco et au Parnasse à Genève

 Radi 24 2.jpg

 

Fabienne Radi - analyste et créatrice d’images - pénètre dans « 24 images » sa propre intimité avec humour et par recours au cinéma.  La Genevoise se  réinvente à travers des assemblages d’objets ou de simples citations abruptes de ses films références  tels  Kill Bill, Twin Peaks, Les Demoiselles de Rochefort, Les dents de la mer, etc. Ces oeuvres cultes deviennent sa demeure chaque fois revisitée. Moyennant quoi elle enchâsse sa propre histoire dans la généalogie du cinéma. Cette relation se constitue en espace de tension entre « autoportrait » et indices « publiques ». De la sorte, elle pose et repose la question de savoir qui elle est, qui est le sujet du sujet.

Radi 24 1.jpg

 

Ces interrogations  portent de fait sur les questions de l’image. En particulier comment elle induit en chacun le trouble. En inconnue dans la maison l’image  mord comme les dents de la mer ou celles d’un mère carnassière. « Vingt quatre image »  met en scène cette submersion et cette dévorations sans pour autant casser nos illusions « d’optique ».L’espace filmique est dé-spatialisé afin d'accéder au statut d'expérience de lieux hanté auxquels renvoient avec humour les installations ironiques d’objets montés en narrations  allusives.

 

Son livre lui-même acquiert la troublante souveraineté de la hantise. Il garde l'efficacité d'un lieu de mémoire revisité et distancié par l’humour L'histoire de « 24 secondes »  est donc l'histoire d'une accession à soi par l'intermédiaire de l'autre. De la multiplicité de films cités et à la fois montrés-cachés se dessine le portrait en creux d’une artiste et auteur capable toujours d’oser. Ce travail ouvre une nouvelle fois le mot « venue ». Mot dans lequel  il y de la vue et de la nudité (particulière). C’est le visible dans l’adieu des films du passé, l’adieu qui n’a d’yeux que dans le visible des salles obscures. N’en déplaise à Dieu.

 

 

Rappel : Fabienne Radi a publié aussi cette année « Ça prend. Art contemporain, cinéma et pop-culture », Editions du Mamco,  224 pages, 26 CHF.

 

 

J-Paul Gavard-Perrer

 

Les commentaires sont fermés.