gruyeresuisse

15/12/2017

Christelle Jornod : territoires et déterritorialisation

Jornod.jpgChristelle Jornod est une jeune photographe ex élève de L’HEAD-Genève dans l’option Information/fiction. En toute logique eu égard à son apprentissage, sa manière de « dévisager » le territoire l’entraîne à sortir de l’imagerie documentaire pour la déplacer vers un lieu de fiction et de construction. L’artiste le résume ainsi « la photographie de paysage, c’est une trace, une sauvegarde, mais aussi une esthétique. ». D’où sa manière de recomposer la montagne suisse selon une subjectivité où le noir et blanc propose des vertiges visuels ou ce que Lacan nomma "une béance oculaire".

Jornod 2.jpgLe figé est à la fois cadré ou recadré dans une marche forcée afin de pousser le paysage vers l’abstraction au moment où le terrain - soumis au temps, à l’érosion, à la fiction de l'éclaireuse   devient un champ d’expérimentation.  En quête de lieux vides, sauvages et de pierriers la photographe suit divers types de traces naturelles visibles ou non. Evitant la lumière trop « blanche » du soleil en son zénith elle saisit le paysage en des moments où l’ombre métamorphose les concrétions et les concaténations. N’abandonne jamais un travail sur la netteté, l’artiste par son noir et blanc comme en ses bleus nocturnes crée une permanence de l’abstraction et figuration autour du paysage.

Jornod 4.pngLa force de la nature et celle des contrastes restent primordiaux. Les lieux semblent retournés, déterritorialisés. L’épaisseur prétendue et apparente du réel est soustraite au simple jeu de miroirs. En surgit une musique d’un inframonde. Et si Christelle Jornod n’avait pas été artiste plasticienne elle aurait sans doute créé de la musique – « le plus abstrait des arts » selon Schopenhauer. Pour elle le réel comme l’image apparaissent comme des voiles qu’il faut déchirer afin d’atteindre les histoires, les choses, ou le chaos qui se trouvent derrière.

Jean-Paul Gavard-Perret

Christelle Jornod, « Littéralement et dans tous les sens » Centre de la Photographie, Genève, Décembre 2017.

07/12/2017

Les souri(re)s de Gérard Musy

Musy 2.jpgEntre préparatifs de défilés de mode, cérémonies SM ou paysages de forêts helvétiques, bref du fétichisme aux arbres, Gérard Musy crée un monde étrange. Variations et répétitions donnent à son univers une poésie pénétrante. La femme y est souvent harnachée de manière spectaculaire. Mais le photographe met en exergue la beauté plastique - non sans intelligence et attention bienveillante - en de grands formats spectaculaires aux plans surprenants et la force des couleurs. Des séries aussi disparates que Beyond, Lustre, Lamées, Leaves, Lontano/ Lejano, Back to Backstage, créent une unité et un jaillissement existentiel où se dénombrent l’inconnu et l’introuvable.

 

 

 

 

Musy.jpgLe photographe suisse renverse les visions, ajoute du mystère au mystère. Le corps est magnifié, il chavire mais juste ce qu’il faut dans un exhibitionnisme légèrement contrarié par une retenue particulière. Elle sacrifie la vue d’ensemble à celle des détails et fore des secrets par l’ordre de la caresse. Tout reste plus suggéré que vu afin que l’imaginaire s’envole dans des labyrinthes optiques et des forêts des songes. La phénoménalité superficielle est dominée par une idée de la vie là où les existences se livrent à des baignades ou des sacrifices librement consentis dans la cavalcade de plaisirs programmés.

Musy 3.jpgHabillées de retenues les princesses d’un jour deviennent des fantômes qui défilent ou se livrent à des chorégraphies nocturnes. L’obscénité n’est que pudeur dans des châteaux de carte du tendre ou d’une violence fléchée. Ses vagues successives font rougir les peaux: mais le plaisir ne tue pas, il se consomme et se savoure. Musy en décline les préparatifs. D’où ses histoires d’O et d’eau. Nul besoin d’y ajouter l’élixir de l’Abbé Souris : le regard s’enivre d’une géographie non commune entre les forêts noires et les coulisses d’un festival de masques. Sous la douleur jaillissent les rires. Ils président à de telles cérémonies d’euphorie que chaque prise distille.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gérard Musy, « L’œil fertile « , Galerie Esther Woerdehoff, Paris, du 29 novembre au 23 décembre 2017.

 

 

11:04 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

02/12/2017

Anne Voeffray : le mouvement qui déplace les lignes

Anne Voeffray.jpgAnne Voeffray, « Mouvements », Galerie Univers, 5, rue Centrale - Lausanne du 9 au 24 décembre 2017

Quittant le visage mais pas forcément la buée Anne Voeffray poursuit sa quête. Elle filtre la lumière et l’apparence par des lueurs et des présences diffractées afin d’approfondir les choses vues et le silence. La photographe refuse de forcer des seuils : le mouvement est toujours feutré.

Il s’agit d’attendre, encore attendre, aller plus avant dans la nudité qui ouvrira le passage. Mais en se retirant. Et retenir des traces en retirer à peine le bâillon face à l’insondable. Ce que la buée recouvre le temps le défera. L’objectif de la photographe est de retenir cet indicible de la vitre dont l’artiste fait pleurer le voile. Un regard y coule pour se mêler à la substance de ce qui irrémédiablement s’échappe.

Jean-Paul Gavard-Perret

16:41 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)