gruyeresuisse

28/05/2020

Safari dans les Alpes : Laurence Boissier

Boissier.jpgLaurence Boissier, "Histoire d’un soulèvement", roman, coll. ShushLarry, art&fiction, Lausanne, 2020, parution en juin

 

Ce récit est celui de 9 jours dans les Alpes : "Le guide a donné rendez-vous à l’aube dans un village doté d’un seul bistrot fermé pour travaux." D'emblée le ton est donné. Mais la narratrice - avisée mais pas trop - a respecté ce qu'on lui a demandé : sac équipé de bretelles larges, dos anatomique. Elle est vêtue d’une micro-polaire, et de chaussures montantes et "d’un pantalon respirant à séchage rapide".

Boissier 2.jpgAutour d'elle tout va s'élever : la nature en premier Mais l'héroïne peine, peine. «Les plaques continentales ne sont pas les seules à dériver.» Mais elle a tout consigné de la traversée "épique" : la grande histoire du soulèvement des Alpes (racontée par un guide excentrique et d'autres spécialistes de la question comme de la flore alpine) mais aussi la petite histoire de la vie quotidienne d’un groupe de randonneurs pendant la neuvaine.

Boissier 3.pngLa citadine a présumé de ses forces : "Sur un coup de tête, je me suis inscrite à cette randonnée de neuf jours. Je pensais que je prendrais le temps de m’entraîner avant le jour du départ. Je ne l’ai pas pris.". Et c'est bien là le problème. Si bien que l'épopée navigue entre drôlerie et cours magistral. C'est piquant, savant tout autant. A peine ouvert le roman ne se quitte pas, ne se quitte plus et tout compte fait l'héroïne fera la fierté de sa lignée.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/05/2020

Joanna Ingarden-Mouly :décalages

Mouly.jpgLa galerie Esquisse expose pour la quatrième fois les oeuvres de Joanna Ingarden-Mouly. Elle y poursuit sa technique d'aplats et de pans de couleurs auxquels elle superpose désormais des découpes, collages et toujours les griffures qui signent son langage plastique mystérieux et harmonieux  mais dans un certain décalage.

En une sensorialité subtile ses superpositions ne sont en rien des excroissances. Une douceur étrange envahit le plan hors sentimentaliste. Car l'artiste reste prudente sur ce plan et refuse certains débordements.

Mouly 2.pngUn tel travail possède le mérite d'apaiser sans édulcorer mais sans forcément rapatrier dans un éden artistique ou sentimental, la beauté demeure essentielle puisqu’elle ouvre le monde à une profondeur particulière en écartant la tentation de la sophistication et du raffinement superfétatoires.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Joanna Ingarden-Mouly, Exposition du 28 mai au 21 juin 2020, "Esquisse galerie d'art", Rue de Rive 33 - 1260 Nyon

20/05/2020

De rien faire un tout : Pascal Jaquet

 

Pascal Jaquet 3.jpgPascal Jaquet - aka Sapin - est illustrateur indépendant à Lausanne. Il réalise divers mandats pour la presse et la publicité, décors et expos individuelles. Il partage sa pratique avec celle de maîtres d’enseignement en arts visuels à l’école professionnelle du COFOP de Lausanne.

Pascal Jaquet 2.pngMandaté par cette ville il a décoré ses armoires électriques au spray, dans un premier temps en compagnie de pré-apprentis puis également de manière indépendante. Illustrateur-recycleur il réalise des «cartonnages» (qui furent présentés aux Docks et à La Sonnette à Lausanne) et reste animateur de «carton workshops».

Pascal Jaquet.jpgGraffiteur à sa manière, il embellit le monde de ses créations aussi intempestives que poétiques. Reste chez lui la faim de l'existence même en période sinon de fin du monde du moins de confinement. De rien il peut faire un tout. Chaque peinture - et parfois leurs assemblages - nourrissent des monstres qui peuvent se brûler les uns les autres. C'est une manière d’oxygéner la distance entre les êtres. L'artiste ne mâche pas ses images sinon pour les transformer en farces.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir sur Instagram: @jaqimages et @boiteselectriques