gruyeresuisse

20/05/2019

Claudie Laks : imbroglio et passementerie

Laks 2.jpgClaudie Laks, "Colorigraphies", Espace Nicolas Schilling et Galerie., Neuchâtel, à partir du 25 mai 2019.

Claudie Laks invente un monde coloré fait de taches marquées avec intensité sur la toile. Le geste est donc essentiel même si, contrairement à d'autres artiste, c'est pour la plasticienne, le résultat qui compte. Jaillissent des lignes qui se fracturent en des mouvements circulaires et un assemblage de points dont la matière colorée suinte.

Laks.jpgSur d'autres surfaces blanches les couleurs deviennent des sortes de bourgeons ou de graines de différentes tailles. Tout explose et semble jailir des profondeurs de la matière. Les couleurs semblent se battre les unes contre les autres dans leurs constellations. Dans un tel imbroglio une passementerie prend la forme d'un louvoiement poétique. L’artiste crée bien plus que de simples abstractions de quintessence. Surgissent des espaces chancelants, des lueurs d’ornières où un réel sauvage se tatoue. Les pelotes de couleurs deviennent les fleurs brèves écloses au bord glacé de la neige du support. La nostalgie de l’irréel tombe en chute libre. L’irrésolu se révèle hors pathos en d’étranges rondes.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/05/2019

Stéphanie Serra l'indépendante

Serra bon 2.jpgStéphanie Serra, "Through the Words of Others", Finck Editions, CHF 15, 2019.

Publié avec le soutien de la Ville de Lausanne, le Canton de Vaud et de la Fondation Jan Michalski, ce livre est celui d'une femme libre. Ses choix et de son parcours original le prouvent. Stephanie Serra plus que de se mettre en avant-scène dans une propension  de l'égo cherche à travers les mots des autres et leurs oeuvres comment l'art dialogue avec le présent. Existe donc "une méthodologie de l'agencement" dans un "entretien" avec les créateurs comme les lecteurs.

Serra bon.jpgL'entreprise est originale, non sans grâce et impertinence et sans les moindres "chichis". La réflexion est profonde et astucieuse. Elle crée un double mouvement entre l'auteure et les arts, entre elle et le lecteur. Elle montre la lumière perceptible dans l'obscurité mais tout autant l'obscurité qui apparaît dans la lumière et comment cela se crée. Pour le comprendre, le saisir il faut s'arrêter devant un tel livre épouser ses puzzles et mouvements ou plutôt s'y laisser prendre.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lancement du livre : Circuit, centre d’art contemporain, Lausanne, le 10 mai 2019

04/05/2019

De la cité des rêves à celle des spectres - Alessandro Mercuri

Manzoni.jpgAlessandro Mercuri, "Holyhood, vol. 1 - Guadalupe, California", coll. Shushlarry, art&fiction, Lausanne, 2019, 190 p..

Fidèle à ses détournements et ses fantaisies charpentées sous divers types de documentations Alessandro Mercuri trouve dans la cité des anges et du cinéma un lieu idéal pour introduire ses trolls et des fakes news des plus séduisantes. La traversée d'un tel purgatoire devient une fuite en avant par effet de retours et de retournements.

 

 

 

Mercuri 2.pngLe spectacle règne au moment où la fabrique du cinéma pique du nez là où l'auteur en propose sa contre-histoire. De la Colline du Sacré descendent les clones : de Cécil B. DeMille, Ramsès II à John Wayne, Jules César et bien d'autres encore. Et pas forcément des ombres tutélaires mais un tout venant. Ce qui pourrait devenir un "mixed up confusion" se transforme en néo-peplum au moment où  - anticipant le grand tremblement de terre qui rugit sourdement sous la ville - surgit une antique cité mi Ys, mi égyptienne.

Mercuri 3.pngLe dieu Ra se ranime au moment où Alessandro Mercuri - comme Warburg et Godard mais avec son propre imaginaire - crée un monde hirsute, délirant. Rien n'y manque. Pas même des psychanalystes suisses... Une nouvelle fois l'iconoclaste massacre la fiction classique pour l'entrainer dans le merveilleux de tourbillons d'histoires entre océan Pacifique et stucs en stoc des studios et leur univers sale.

Jean-Paul Gavard-Perret