gruyeresuisse

25/06/2017

Matthias Bruggmann : sans concessions.

 

Brugman 3.jpgMatthias Bruggmann vient d’obtenir le prix de la deuxième édition du Prix Elysée le prix du Musée de l’Elysée de Lausanne pour son projet « A haunted world that never shows » sur les conflits de Proche-Orient créé à la suite de son travail commencé en 2012 sur le conflit syrien. Le « simple » reportage - qui est déjà un exploit vu le nombres de photographes tombés au combat - se double d’un angle d’observation particulier. L’artiste effaçant tout présupposé de parti pris a étendu son périmètre d’investigation pour implicitement « décrire » la complexité du problème en ouvrant un malaise qui n’est plus seulement d’ordre moral (les bons d’un côté, les mauvais de l’autre).

Brugman 2.jpgLa violence devient ainsi multimodale et le photographe élimine les points de vue partisans afin de donner à ses prises une homogénéisation d’ensemble. Si bien qu’une telle approche demeure résolument ouverte et le conflit est saisi de manière radicale loin des codes d’interprétation. Ce télescopage devient un journal extime de ce qui se passe à la fois par une imprégnation au plus près du terrain mais aussi une forme de décontexualisation de l’analyse idéologique. L’envers et l’endroit du conflit se rencontrent et font apparaître de nouvelles interfaces.

Baumann bon oui.jpgL’information est donc transfigurée pour un nouveau message ou « dialogue » au sein d’éléments hybrides qui se répondent. Ils se « lisent » de diverses manières hors récit préconçu. Une telle expérimentation permet à l’artiste d’exprimer ses angoisses face à la gravité du conflit et la violence qui ignore les idéologies en présence. Le système est imparable : le trouble personnel que suscitent des catastrophes montre aussi comment l’histoire et l’actualité rencontrent l’expérience intérieure du créateur. La violence s’inscrit ainsi au cœur du monde à travers ses constats et interrogations. Une telle re-présentation se veut un partage particulier hors grilles ou clés. Tout demeure comme la résolution du conflit et la nature guerrière du monde : en suspens.

Jean-Paul Gavard-Perret

21/06/2017

Claire Nicole : hommage

Leporello.jpgClaire Nicole (collage) et Christiane Tricoit (poème), « Chambre avec vue », Editions Couleurs d’encre, Lausanne, 2017, 33 FS.

Claire Nicole à travers son leporello offre un bel hommage à Christiane Tricoit récemment disparue. Plus que mémoire, l’artiste fabrique du présent et transmet de sensations en proposant des équivalences plastiques au poème. Le texte vit à travers ce prisme visuel : l’inquiétude s’y transforme en fraîcheur de cime en une sorte de subtile évaporation.

Emerge un jeu d’écume loin de toute banalité simplement descriptive et dans un bain d’oxygénation selon un « répons » entre deux femmes et créatrices exigeantes qui s’appréciaient beaucoup. Plus qu’en abstraction et sensorialité, le paysage se déploie hors banalité et dans des formes qui ralentissent astucieusement la lecture vers l’intérieur d’une rhétorique polyphonique et une forme de hantise de l’air et du temps. Au moment où une page se ferme Claire Nicole lui redonne du souffle.

Jean-Paul Gavard-Perret

20/06/2017

Baptiste Oberson nègre blanc du dessin


Oberson 4.jpgBaptiste Oberson, « Délié », art&fiction éditions, coll. « sonar », 64 p., 2017 et exposition Cahiers à l’espace de l'avenue de France 16, Lausanne, du 29 juin au 28 juillet 2017.

Pour saluer sa publication et son exposition Baptiste Oberson en appelle à ceux qui porteurs d’un crayon viendront l’honorer de leur présence. L’artiste remplira son « rôle de toute une vie » : il dessinera dans les livres avec tous les crayons amenés.

Oberson 2.gifSon œuvre reste d’une exigence rare : il ne cherche pas à élargir le monde. Mais ne le réduit pas plus. Il fait surgir des taches sourdes. Et l’artiste de préciser : "Je lève les yeux, mon regard s'accroche volontiers dans le fourbi, tout ce qui est trop imbriqué pour être séparé. Si on tente de détailler, on perd l'ensemble, on étouffe le dessin - il meurt". Il ne faut pas que le "reconnaissable" prenne l’emprise sur le dessin. Mais c’est ainsi que hardes sur hardes l’aventure de l’imaginaire crée des hallucinations là où le support subit des pertes blanches.

Oberson 3.jpgRestent des transes selon des « défaillances » programmées. Nul besoin de glose ou de codex. En « ghostdrawer » l’artiste donne ce que les mots ne disent pas là où tout reste proche du chaos d’où l’oeuvre sort. A la débandade l’artiste préfère la sarabande de la déperdition. L’image n’est plus qu’un habit sans personne dedans. A cela elle répond à ce que Novarina demande à l’art : « pas de l’être, juste des vêtements ».

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

16:55 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)