gruyeresuisse

18/09/2021

Étienne Malapert : Mad City ?

Mala.jpgÉtienne Malapert, "The City of Possibilities", Art&fiction, Lausanne, septembre 2021, 112 p..
 
Photographe diplômé d’un bachelor à l’École cantonale d’art de Lausanne (ECAL)  Etienne Malapert a reçu en 2015 le Prix BG (Bonnard & Gardel) du développement durable. Son approche artistique relève du documentaire et il s'intéresse surtout au paysage urbain, naturel, architectural, politique) et à celles et ceux qui l’habitent, de même qu'à la manière dont l’un s’adapte à l’autre.
 
Mala 3.jpgCe livre est le fruit du Projet de Malapert lauréat d’un Swiss Design Awards 2016  : Masdar City. Qu'on pourrait nommer "Mad City" tant l’absurde se cache sous couvert d’utopie scientifique. C'est en effet en 2006 que les Émirats arabes unis décident d’entreprendre le projet quelque peu farfelu de faire pousser une ville entière en plein désert. Masdar City - catégorisée "ville verte" - veut  atteindre le 0% d’émission de CO2. Ce projet pharaonique a été conçu par le bureau d’architecture londonien "Foster + Partners"  au moment  où les préoccupations écologiques liées à la consommation d’énergie et la pollution sont grandissantes.
 
Mala 4.jpgLes Émirats arabes unis souhaitent changer leur image en devenant la vitrine des technologies et des énergies dites propres. Située à 25 kilomètres au sud d’Abu Dhabi, Masdar City se destine à être dans une quinzaine d’années la première ville écologique entièrement autonome au monde, peuplée par 50’000 habitants et 1500 entreprises. Pour l'heure seulement quelques bâtiments sont sortis du sable dont une université scientifique, des laboratoires de recherche et les sièges de grandes multinationales tel que celui de Siemens. "The City of Possibilities" propose une série de photographies réalisées par Étienne Malapert lors de son voyage à Masdar City. A n'en pas douter le photographe reste perplexe face à de tels chantiers. Même s'il se garde de conclure.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

09:57 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

15/09/2021

Vies et contre-vies des pierres : Naomi del Vecchio

del vecchio.jpgLes recherches plastiques de Naomi Del Vecchio se fondent souvent sur de savoureuses tentatives de classement poussée parfois jusqu’à l’absurde et la percussion du logos avec le réel. L'artiste développe le lien entre mots, dessins et objets et se penche sur les questions de la nomenclature fidèle aux normes mais ouverte aux intrus où le réel et le banal basculent. Dans cette nouvelle "compil" tout est parti d'une balade avec une amie dans les alpages du Jura : "Nous avions toutes les deux remarqué cette étrange pierre, (...)Louise ne se doutait pas, en la ramassant et en me l’offrant, qu’elle initiait un long trafic de pierres. Cet exemplaire minéral fut ensuite dessiné dans l'atelier où il passa d'abord un mois comme objet décoratif avant d'être déposé sur la plage des Eaux-Vives. A sa place elle a pris un autre caillou ramené à l’atelier, dessiné puis placé dans une calanque marseillaise. Et ainsi de suite. 
 
del ve.jpgCe fut parfois un crève-coeur que de se défaire de ces pierres. Surtout la première qui ressemblait "à une petite dame". Pour les autres néanmoins ce fut plus simple. L'artiste s'est donc contenté de les dessiner, découper, épingler sur le mur avec la carte de leur itinéraire. La carte de leurs itinéraires est tracée sur le sol. Le tout selon une dérive que Naomi Del Vecchio "fantasme" : "Les pierres des montagnes se retrouvent dans des parkings, (...) des marseillaises quittent la Méditerranée pour s’installer sur les rives du lac Léman, des cailloux protégés par une Vierge Marie italienne déménagent dans un jardin zen".
 
del ve 3.jpgD’où l’importance de l’art qui est la riposte a-logique aux limites de la logique. En s’opposant à une vision trop simple de la réalité la plus humble, l’art introduit la notion d’immixtion et d’outre-passement en ouvrant un accès privilégié à de multiples possibilités de relations. Dans l'exposition comme dans le livre "Cailloux et autres pierres" cette entrée ne se limite pas aux "objets" dessinés mais aux mots qui eux-mêmes les "re-présentent. Et ce, au moment où le dessin offre un espace tiers afin que les mots trouvent un autre développement quasi surréaliste en des remarques apparemment les plus simples.  
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Naomi Del Vecchio, "Semer des pierres", Andata Ritorno, Genève, du 16 septembre au 9 octobre 2021, Naomi Del Vecchio, "Cailloux et autres pierres", Art&fiction, Lausanne, 2021.

 

14/09/2021

L'art de la fable selon Fabienne Radi

Radi.jpgÀ partir de douze œuvres d’art contemporain qu’elle a sélectionnées dans les fonds de Documents d’artistes Auvergne-Rhône-Alpes, Bretagne, Nouvelle-Aquitaine et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Fabienne Radi invente quatre histoires qui reprennent les codes de la fable. S’inspirant autant de Jean de La Fontaine que de John Baldessari, elle déplace les bestiaires et trafique les morales. Une grande femme laide tombe sous le charme d’un bûcheron à longue chevelure rousse. Un gendarme esthète se prend de passion pour la photographie d’accidents. Deux sœurs luttent contre leur prédisposition aux varices. Un professeur de tennis voit sa vie chamboulée par un cadeau anonyme
 
Radi 3.jpgLa spécialiste des titres, plis, malentendus, coupes de cheveux, dentistes, cinéma, sont des motifs récurrents dans son travail qu'elle poursuit dans son travail d'obliques obligations. Elle a publié Émail Diamant (art&fiction, 2020), Holy etc. (art&fiction, 2018),  Cent titres sans Sans titre (boabooks, 2014) et ce livre poursuit son entreprise. Elle reste  pour celle qui n'a rien de platonique (surtout lorsqu'il s'agit de l'amour) la maîtresse de l'imaginaire et de l'image.
 
Radi 2.jpgSuccesseur - mentalement mais non physiquement - de l'homme qui rit de Hugo et du Joker de Baztman incarné par Jack Nicholson, elle fait une révision des tropes et topiques selon des cours d'humour au second degré. A travers les artistes qu'elle a retenus et qu'elle évoque aussi bien de près que de loin, celles et ceux-ci deviennent les helix sires dont elle ravit les bijoux pour inventer des histoires où d'une manière ou d'une autre le corps est remis en question dans des assemblages dont elle a le secret. Le sourire mord, l'allégorie - ou ce qui en tient lieu - renvoie le feu grec à une plaisanterie de derrière les fagots. Planant sur terre, les personnages sont ramenés par l'art à leur vraie nature telle que Fabienne Radi la dévisage à travers ses fables. L'homme est fait de feu, la femme l'attise, le diable l'enflamme" mais en absence des Ecritures Saintes le dieu Eros s'en lave les mains et il arrive que certaines prêtresses doivent soigner leur circulation sanguine.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Fabienne Radi, "Le déclin du professeur de tennis & autres fables", Sombres Torrents, Rennes, 2021, 76 p., 8€  / FS 10.