gruyeresuisse

23/08/2017

Les exorcismes de Sophie Mirra Grandjean

Grandjean.jpgSophie Mirra Grandjean "Les Enregistrements", Galerie Marianne Brand,
Du 31 août - 5 septembre 2016.

Sophie Mirra Grandjean fait de la céramique une condition critique et poétique du vivant en sortant les formes d’un simple effet de réalité ou de représentation. Issue de l’ECAL (Lausanne), de la HEAD (Genève) et de la HEAR (Strasbourg), elle crée un univers complexe comme le prouvent ses, « Enregistrements «. Les pièces sont la résultante de diverses rencontres métamorphosées par la céramique, ses colorants et oxydations. La matière et son travail créent une série de transformations magiques pour lutter contre l’absence. Chaque œuvre prend un caractère étrange, diaphane. La porcelaine permet à la créatrice de lutter contre l’opacité et poétise ce combat comme si la transcendance poétique de l’art triomphait des contraintes d’un monde menaçant à laquelle l’artiste offre une sur-vie et un exorcisme. Elle fait de l’art un chemin qui oscille entre absence et présence dans la finesse de la rhétorique formelle et la précision de son travail. Contre bien des sommeils elle propose des insomnies bénéfiques : l’art crée une révolte bifide. La magie de l’œuvre répond à tout ce qui enferme. Si bien que dans la céramique transparaît un esprit et bien des émotions ainsi que leurs forces et leurs appuis.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/08/2017

« Anticipating the extreme » : d’un désert, l’autre

Aletsch.jpg« Anticipating the extreme », Matza. Sous la curation de Séverin Guelpa, Glacier d’Aletsch, du28 aout au 10 septembre 2017.

Matza offre cette année l’ultime recherche collective de territoires de l’extrême en confrontant deux « déserts » que tout oppose. L’un dans un des territoires les plus arides de la planète (le désert de Mojave en Californie (décembre 2017 où Art & Sci Center de Los Angeles accueillera le dernier opus), l’autre sur les hauteurs du glacier d’Aletsch, un des plus important d’Europe, à plus de 2850 m d’altitude. Y seront proposées des créations originales pour permettre d’imaginer de nouveaux rapports au monde.

Séverin Guelpa invite 13 artistes et scientifiques de Suisse, de France et des Etats-Unis dont, - pour le pays d’accueil - Delphine Renault, Alexia Turlin, Sabine Zaalene et Daniel Zamarbide. Ils vont œuvrer sur le glacier pour explorer ses potentiels, se confronter aux contraintes de la haute montagne, parcourir la plus grande réserve potentielle d’eau des Alpes en vivant dans la cabane de la Konkordia pendant une quinzaine de jours Le but d’une telle expédition est d’offrir un travail critique sur un espace de plus en plus fragile et en péril afin d’anticiper les enjeux politiques, sociaux et écologiques qui s’annoncent

Aletsch 2.jpgUn vernissage public sera organisé in situ et une exposition aura lieu à la Ferme Asile de Sion dans le cadre de la Triennale d’art contemporain du Valais. Avec « Radical Biotop » le curateur offrira sous une forme monumentale deux années d’expédition collective. Ce travail des extrêmes ouvre aussi une avancée multipartite entre l’art et la science. Elle permet de constater les morsures dans l’espace du temps et du climat. Une telle approche ouvre des espaces mentaux et physiques particuliers au sein d’une série de connexions dans lesquelles à la fois l’art fait masse mais aussi où la matière éclate en une série d’images.

Le temps dans cette expérience garde toute son importance : il ne faut pas que l'œil des artistes et des scientifiques se contente de butiner de virevolter. Il ne faut pas non plus qu'il soit pressé. Il lui faut apprivoiser le poids d’une mélancolie agissante, telle que la concevait Claude Simon pour son Orion Aveugle. A savoir celle qui est liée à un mouvement particulier. Elle doit passer d'un reflet à l'autre pour mieux pénétrer au sein d'une matière et d’un espace moins statique qu’on ne le pense.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

21/08/2017

Barbezat-Villetard : la comédie de l’ordre

 

Barbezat 2.jpgBarbezat-Villetard, « Like Ripples on a Blank Shore », Centre Culturel Suisse de Paris, exposition du 9 septembre au 22 octobre 2017


Le duo franco-suisse Matthieu Barbezat et Camille Villetard explore et transforme l’espace et les éléments architecturaux afin de créer un domaine où le réel prend une valeur de fiction. Par exemple dans leur œuvre de 27 mètres de haut ("A dissident room") ils ont créé dans la bâtisse historique de la Majorie de Sion, un bec qui traverse le musée. Il devient le cinquième élément du lieu et le coupe de manière inclinée et multidimensionnelle. Si bien que l’œuvre se modifie en une sculpture dans la structure avec laquelle elle interagit afin de créer cassure et vertige selon une nouvelle formule du « land art » et une comédie de l’ordre.


Barbezat bon.jpgExiste dans une telle production tout un travail qui fait dériver le et les sens. Les transformations créent la puissance d’un passage à l’acte qui n’exclut en rien le plaisir. Le système permet à l’impossible de s’inscrire selon diverses poussées qui accroissent et modifient les horizons et les libèrent, comme il délivre l’imaginaire du regardeur face aux questions qui lui sont posées. L’œuvre se métamorphose en l’attente d’un tout dont elle offre diverses variétés de dislocation et de rassemblement dans ce qui est morcellaire afin que ce qui semble produit remette en jeu la perception d’une figure d’une absence habitée.

Jean-Paul Gavard-Perret