gruyeresuisse

20/03/2019

Sebastian Stadler : subversion des motifs

Stadler.jpgSebastian Stadler, "Travestines, Heinzer-Rezsler, Lausanne, du 29 mars au 4 mai 2019.

 

L'œuvre du zurichois Sebastian Stadler crée des zones de potentialité. Elles se distinguent de toutes les figures de représentation dont les photographies incarnent pourtant l’apparence visible. Tout concourt à excepter l’évidence directe pour d’autres figures plus denses, mouvantes, expressives. Surgit une corporéité particulière, alchimique par "erreurs" d'optique pour atteindre l'impénétrable dans le réel.

 

Stadler 2.jpgL’œuvre se veut exaltation, elle est de l’ordre de la célébration mais demeure en état de guet. Nous sommes là dans la situation contradictoire d’avoir affaire à un monde et à son absence. Les éléments juxtaposés sont à la fois enfermés et ouverts en un schème d’immanence, de dispersion et de concentration et aussi d’énergie constitutive de ce qui a priori échappe à la forme.

Stadler 3.jpgChaque élément est inclus en elle sans véritablement «la rencontrer». Tout est en rapport mais de manière solitaire. Il existe une approche sensorielle mais aussi une séparation. Cela permet l’épanouissement d’un phénomène de pollinisation sombre et habitée. Stadler crée un contact avec l'au-delà ou l'en-deça de l'apparence par la matière sensible sur le mode de la fascination. Celle-ci ne cherche pas le fantastique mais le vertige attirant de la pure possibilité.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15:40 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

19/03/2019

Céline Masson : masques

Masson.pngCéline Masson, "Toison", Le Flon, Lausanne, du 29 mars au 27 avril 2019.

 

Par ses effets de surface Céline Masson ne cherche jamais à épater au moyen d’images fausses, frelatées et éphémères - ce qui paraît pourtant souvent le plus original aux yeux des gogos. Elle attire l’attention par ses jeux de superpositions pour transformer le trivial en des sortes de "tableaux vivants" qui ne recyclent jamais de vieilles formules.

Masson 2.jpgPas de compromis avec le fantasme mais les noces de l'audace et de l'impertinence. Elles portent en elles une vérité à la fois d'apparence et d'apparentement. C'est habile et drôle. Le corps est tissé mais s'y ouvre des poches d’ombre en aplomb du chaos. Jaillissent l’énergie hallucinante et les effets d'une sorte de cinéma où l'artiste mêle à sa manière Louise Bourgeois et Charlie Chaplin.

Céline Masson ne veut pas diminuer l'obscurité mais augmente la lumière. Chaque fois en filigrane il existe une différence inattendue. Le corps change sa "'viande". Voire son âme. Celle-ci semble parfois sous éteignoir : une bouche se tord, une farce prend forme. Et ce pour souligner qu'en chacun de nous demeure un "monstre" caché qui fait tout notre mystère. L'artiste le rapproche moins du voir que de l'entrevoir - ce qui est bien plus intéressant.

Jean-Paul Gavard-Perret

16/03/2019

Les infiltrés - Charles-François Duplain et Mathieu Charvel

CHFD 4.jpgEntre montage suprématiste de quatre fragments narratifs et les montrages visuels un rien bauhaus qu'ils induisent - mais à bonne distance - se crée le jeu de sourds et de repons entre Charles-François Duplain et Mathieu Charvel.

CHFD 2.jpgLe motif est l'espace (disséminé) dans des arrêts sur image que les textes induisent et déboîtent (entre autre sous l'éffet des CFF que du TGV et de deux sombres héros Théorore et Palimpse Ash sorte de mélange d'Arthur Rimbad et Hash). Aux quatre textes vitaux et vitraux (Etau, Islande, Usine, Arche) répondent ce qui devient le titre décalé du libre (TERRASSES & islande).

 

Existe à la fois mise en boîte et jeu de cloche pied.Charvel semble plus farceur. CHFD ne le serait donc pas... Mais il faut se méfier de l'eau qui dort. Et après tout qui ne dit mot consent. Dans cette suite, la mise en abîme et de filtrage est le seul moyen de prouver que l'on existe. Du moins Mathieu Charvel le donne pour acquis là où dans cet étrange couplage nul ne sait qui suit l'autre. Ni comment ou pourquoi. C'est remarquable, parfait et drôle.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

CHFD & Mathieu Charvel, "TERRASSES & islande", 2019, 20 exemplaire.