gruyeresuisse

19/04/2021

Les Giacometti : portraits de famille

Giaco 3.jpg"Les Giacometti : une famille de créateurs", Fondation Maeght, Saint Paul de Vence,  du 3 juillet au 14 novembre 2021

Giaco.jpgPeter Knapp commissaire de l'exposition, lorsqu'il était étudiant aux Beaux-Arts, avait rencontré pour la première fois Alberto à La Coupole mais n’avait pas osé l’aborder. C’est à la Biennale de Venise de 1956 qu'il l'aborda. L'artiste lui expliqua  d’où venait la maigreur de ses figures. Puis il l’a invité à son atelier rue Hippolyte-Maindron à Paris.  Et c'est en hommage qu'il le présente grâce à  Adrien et Isabelle Maeght, au côté de quatre de ses  plus illustres parents. Entre autres son père  Giovanni qui a fit partie du mouvement « Die Brücke »  et dont les peintures recèlent une puissance chromatique extraordinaire et qui compte, avec Ferdinand Hodler, Cuno Amiet et Félix Vallotton, parmi les peintres phares de la modernité suisse. 

Giaco 2.jpgL’exposition met également en lumière l’œuvre d’Augusto, cousin d’Alberto, précurseur de l’art non figuratif, qui amorce avec ses premiers pastels réalisés à Paris au début du XXe un langage personnel abstrait et coloré. Il  compta parmi les premiers à créer des œuvres chromatiques informelles et qui a exposé avec Kandinsky. Quant à Diego et Bruno, tous deux sont des oubliés de l’histoire de l’art. Sont présentes aussi les œuvres de ses deux frères, Diego son cadet, l’autre "paire de mains" et modèle de prédilection d’Alberto, qui s’illustra dans la création de pièces d’arts décoratifs et Bruno, le plus jeune, qui exerça le métier d’architecte et dont la vaste production en fit un représentant majeur de la modernité d’après-guerre en Suisse.

Giaco 4.jpgLa Fondation Maeght propose donc une première mondiale en réunissant les cinq artistes de l’exceptionnelle famille originaire du village suisse de Stampa dans les Grisons. L'exposition permet de découvrir les talents et les influences artistiques de chacun dans leurs domaines de prédilection : peinture, sculpture, design et architecture et ce, à  travers plus de 300 œuvres. Tout le tournant de la modernité de la première moitié du XXe siècle est revisité. 

Jean-Paul Gavard-Perret

Andrej Djerković, Braco Dimitrijević : face à face

Branco 2.jpgAndrej Djerković,  "Braco Dimitrijević I met at 11.21 AM, Sarajevo 2002", Centre de la photographie de Genève, Genève, avril 2021.
 
Andrej Djerkovic est né en 1971 Sarajevo et vit et travaille à Genève. Diplômé de l’Ecole Supérieure d’Art Appliqué de Sarajevo et l’un des fondateurs de la Collection du Musée d’art contemporain de Sarajevo ARS AEVI. Ses expositions individuelles se sont tenues sur les cinq continents et ses œuvres sont dans les collections des plus importants musées de la planète. Son œuvre fait référence ici à la célèbre série "Accidental Passer-by" - "Passant ordinaire" de Braco Dimitrijević, pionnier de l'art contemporain conceptuel et ami et concitoyen d'Andrej Djerković. "Ce corpus questionne "in situ" l’essence du comportement humain et sa lecture de son environnement quotidien, en démasquant les mécanismes de promotion de personnalités culturellement installées dans notre société contemporaine.
 
Branco.jpgMais le processus de cette intervention artistique dans l'espace public que Djerkovic présente ici est en fait à l’opposé de l'œuvre originale de Braco Dimitrijević. Pour ce dernier l'idée était d'analyser certains comportements du public qui "lisait" automatiquement des sujets dépeints comme des personnalités bien connues de la politique et des médias, alors que les personnes photographiées ne l'étaient pas à l'origine. Se crée une contribution à une série d'accords-désaccords  dans le but de désassembler, d'altérer ou de se désengager complètement du politique médiatique. ;Il s'agit aussi de réfléchir à la reconquête de la fonction sociale et subversive de l'art, toujours domestiquée par les forces financières et cognitives.
 
Branco 3.jpgEn plaçant son portrait sur la façade du BAC (Bâtiment d’art contemporain) qui abrite aussi le Centre d’Art Contemporain et le Mamco, Andrej Djerković mêle le quotidien avec le monumental sur le site du Mamco, qui abrite dans sa collection des œuvres de Braco Dimitrijević. "Accidental Passers-by". Ce fut de fait et accidentellement pour Djerković  sa "première" œuvre et qui ajoute-t-il "est conditionnellement parlant, toujours montrée quelque part. Néanmoins pour lui " le sujet de mon portrait n'est autre que l'artiste des portraits d'anonymes, devenu, sauf pour le public connaisseur de l'art contemporain fréquentant la rue des Bains, un anonyme." Mais Dimitrijević  de rétorquer :  "Je n'ai aucun rapport avec ça, sauf que ces derniers temps je suis devenu moins strict avec moi-même, moins critique. Si je peux rencontrer au hasard un passant dont j'ai posté la photo sur la place de la République de Zagreb ou sur les Champs-Elysées, cela veut-il dire que je peux me rencontrer moi aussi!?". Tout reste donc une question de rapport à l'image.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

16/04/2021

Jeune homme au bord de la crise de nerfs - Simon Leihner

Lehner.jpgAvec "How far is a light year?" l’Autrichien Simon Leihner s’immisce - par ses oeuvres en mêlant photographie, peinture, archives et même images 3D - dans l’imaginaire d’un jeune garçon en pleine évolution. Très vite l'artiste a compris que la photographie serait son médium. Il lui permet d'expérimenter un travail autobiographique. Il explore à travers ses images les dimensions psychologiques, sensorielles et motrices de ses émotions.

 
Lehner 3.jpgSimon Leihner reconstruit le développement d’un enfant au sein d’une famille sans figure paternelle. "J’ai rencontré mon père pour la première fois en 2005, lorsque j’avais neuf ans. Il est reparti quelque temps plus tard" rappelle le créateur.  Et il crée un espace intime, où réel et fiction se mêlent.
 
Lehner 2.jpgCet univers regroupe les souvenirs et fantasmes d’un enfant, mais aussi la maturité d’un homme en proie aux questionnements. Face à cette épreuve difficile, le retrait dans un monde chimérique devient finalement l’unique option. Une représentation sensible d’un drame ordinaire. Se voulant à l'origine une thérapie, la série se transforme prend une valeur universelle. Elle interroge les notions d’identité et de relations avec autant de beauté froide que d'humour au second degré.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Fotohof, Salzburg, avril-mai 2021.