gruyeresuisse

23/09/2021

"Racines" - du ciel ou d'ailleurs

Racines.jpgCollectif, "Racines", Musée Jurassien des arts, Moutier, du 18 avril au 14 novembre 2021.
 
Partant du simple mot racine, l'exposition permet la glissade de sa signification botanique (partie inférieure d'une plante) à des dérivations plus ou moins métaphorique pour ouvrir à différents types d'enracinement ou de son contraire. Il y a là divers rhizomes et résonances entre un démon avec Hiromi Myamoto et des monts et marées.
 
Racines 3.jpgPlus d'une vingtaine d'artistes - dont les oeuvres présentées sont tirées des collections du musée - illustrent ce mouvement de fond. Guido Baseglia, Joël Tettamanti, Emmanuel Wüttrich, Rémy Zaugg, etc. ouvrent bien des champs. Ils font sortir du confinement et de manière parfois solaire le terme polymorphe.
 
Se retrouvent la terre, l'enfance, l'érotisme, la mer, l'origine dans une nébuleuse où la racine peut par exemple remonter vers le ciel pour être attrapée par le monde lui-même où pour certains migrants les territoires se déplacent. Existe un passage du moindre au cosmique par l'attention autant à ce qui ne bouge pas qu'à ce qui fait la vie de tous les jours. Demeurent des espaces moteurs de l'imaginaire dans la faille du temps. Elle lui donne consistance  entre émerveillement et blessures.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

22/09/2021

Margrit Schlumpf-Portmann, contribution particulière à l'équilibre du monde

Pottman 2.jpgMargrit Schlumpf-Portmann, "Schieflage - eine Haltung", Haus zur Glocke - Judit Villiger,  Steckborn, du 25 septembre au 11 décembre 2021

Margrit Schlumpf-Portmann,.(1931 - 2017 Bauma)  peintre et sculptrice n'a cessé de faire bouillir l'imagination des regardeurs par une esthétique particulière ou coexiste la figuration, l'abstraction, l'érotisme  de manière à produire divers types de déséquilibre dans une subjectivité qui échappe aux logiques des écoles en -isme.
 
Portman.jpgNon que l'artiste papillonnât. Mais elle sut cultiver les paradoxes là où parfois les neurosciences comme le hard-core revisité ont leur mot à dire ou plutôt à montrer. Ils deviennent des manières de ne rien figer dans l'art et de revisiter en iconoclaste certaines scènes emblématiques de l'art (La Nativité par exemple) tout en l'ouvrant à diverses références culturelles foraines. Pour ses œuvres textiles de grand format (1960-1983) elle a inventé les "peintures au cordeau". Elle colorait des cordons de chanvre et de coton de différentes épaisseurs et nuances de couleurs et les collait étroitement les uns contre les autres à des paysages abstraits et des compositions de personnages.
 
Portman 3.jpgSi bien que chez elle le dessin, la peinture et l’art textile forment une unité indissociable.  Et l'exposition "Déséquilibre - une attitude" ( proposée par Leo Bettina et Ursula Scherrer) permet de redécouvrir la zurichoise.  Tous ses travaux  reflètent son attitude féministe, avec laquelle elle a réagi au déséquilibre social de son époque. Elle s’est interrogée sur l’idéal de beauté dominant et a abordé la situation sans issue des femmes qui, dans la société dominée par les hommes, trouvaient peu de possibilités d’épanouissement.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

21/09/2021

Du jardin à la caverne : Flurina Badel

Badel.jpgFlurina Badel,  "üert fomant" (jardin affamé), recueil bilingue romanche vallader traduit en français par Denise Mützenberg, Editions Les Troglodytes
 
Flurina Badel vit à Guarda en Engadine. Depuis 2014, elle travaille principalement comme membre du duo d'artistes Badel/Sarbach, qui a notamment reçu le prix de la culture Manor 2019. Depuis 2016, Flurina Badel est rédactrice responsable de l'émission littéraire rhéto-romane «Impuls» de la "Radiotelevisiun Svizra Rumantscha "et elle anime ou organise des événements culturels. Elle écrit en romanche et en allemand. Pour ses textes, elle a reçu le prix OpenNet et la bourse Double du Pour-cent culturel Migros il y a trois ans.
 
Badel 2.jpg
 
"Jardin affamé" s'ouvre sur les poèmes plus récents et remonte le temps jusqu'aux premiers textes de l'auteure. C'est une manière de découvrir l'origine d'un cheminement. Depuis ses premiers textes dans un souci original d'une langue fortement expressive, elle inscrit des poèmes d’inquiétude empreint d’un regard critique, sans cesse renouvelé, sur elle-même, sur le monde et sur l’écriture.
 
 
Badel 3.jpgLa poétesse fait plonger dans l’errance de l’individu et du monde. Les deux sont tiraillés entre contradictions et contrariétés. L'auteure fait apparaître une forte tension et une dynamique bien particulière. La traduction des idées en mots se crée toujours sous le signe du recommencement et de la nouveauté. La notion de temporalité s'effrite, les saisons défilent dans un éternel recommencement. Existe bien des mises en abyme par une propre création où surgit une version nouvelle et multiple de l’allégorie de la caverne de Platon dans un besoin autant de relatif que d'absolu.
 
Jean-Paul Gavard-Perret