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20/11/2019

Catherine Bolle au salon Page(s): "transparêtre"

Bolle 3.jpgLe Salon Page(s) de Paris est un des hauts lieux d'exposition des livres d'artistes et de la bibliophilie. La Lausannoise Catherine Bolle et ses éditions Traces y ont toute leur place. La plasticienne reste une des rares créatrices à accorder une dimension exponentielle au livre d'artiste par ses approches typographiques et interventions plastiques.

Bolle 4.pngSont présentés à Paris des livres fascinants de l'éditrice : Henri Meschonnic , "Ma vie dans ma bouche", Israel Eliraz, "La lumière est dans les choses", Sylviane Dupuis, "L’ Ascèse de l’ éclair", Michèle Bolli, "Iliennes, Pierre-alain Tâche, "D’ après l’ Obscur" entre autres et bien sur des livres où Catherine Bolle lie son travail de création plastique et littéraire ("Glaces nomades", "L’Agneau-coeur").

Boll 2.jpgLe choix des oeuvres littéraires et la manière dont la créatrice les scénarise créent des engendrements mutuels. Le texte donne naissance à l'image et réciproquement. Catherine Bolle va toujours plus loin dans un "transparêtre" loin de toute simple propension décorative. D'en haut ou d'en bas, du tréfonds ou du ciel, l'artiste crée des perspectives pour marcher au sein de volutes qui flottent dans un ciel bleu ou de glèbe. En jalons dans des proximités communicantes se créent un écart entre le visible et le peint, le langage et sa représentation afin que se crée une jonction nouvelle entre l'image et le signe.

Jean-Paul Gavard-Perret

Salon de la bibliophilie et du livre d'artiste, Palais de la Femme, Paris, 22-24 novembre 2019.

19/11/2019

Les glossolalies de Pamina de Coulon

Pamina.jpgPamina de Coulon, "Balcon de chalet", Une proposition pot de fleurs / banderoles de Pamina de Coulon avec l’aide de son ami Romain et les géraniums de la commune d’Orbe, Indiana, Vevey, du 1er décembre 2019 eu 2 février 2020.

Pamina de Coulon impose peu à peu sa présence prégnante en Suisse mais pas seulement. Elle pratique la performance​, l'"essai parlé", le storytelling. Si bien que l'art devient un actionnisme non seulement du geste mais de la pratique du sens et de sa distorsion jusque dans ses racines - à savoir la pensée. Elle se répand par la parole affolante qui se déverse en une lave addictive et arborescente. Et ce même si le seul usage des mots empêche le flot plus ample dans la tête et le corps de la créatrice.

Pamina 2.pngAvant la HEAD de Genève l'artiste avait pratiqué le théâtre et c'est à Bruxelles qu'elle a affiné son logos pernicieux avec en particulier sa pièce "Si j’apprends à pêcher je mangerai toute ma vie". A la recherche d'un "de profundis clamavi" mais ici même ici bas, ses grands monologues performatifs qui se prolongent aussi lorsqu'elle grave, brode son une ode à la résistance. Un brassage lexical et syntaxique débaroule dans un flot où la voix mélange et propose une glossolalie fait de mots savants ou batards qui sortent du chalet de son être loin de tout fléchage univoque de la pensée.

Pamina 3.jpgCelle de Pamina de Coulon devient arsenic où au besoin l'art se "nique" pour son plus grand bienfait. A l’exaspération comme aux blocages de l'époque font place les vrombissements d'un jouir verbal. Et lorsque la coupe est pleine la performeuse la remplit encore. Il ne s'agit pas d'entrer mais de sortir de la pensée et ses plâtras d’insectes pour qu'émane du corps fluidique des montagnes et montages verbaux. Ils ramènent à un archaïsme des intensités premières.

Jean-Paul Gavard-Perret

Juliette Pinpernelle : l'image luciole

Pimpernelle.jpg

Juliette Pinpernelle joue avec le voyeur tout en développant un érotisme festif. Soudain le corps fait son métier quasiment à découvert. Il  s'agit de tenir en entier sur les hanches. Tout est nature, lèche blizzard et loch lèvres. Pas d’oreiller pour de telles fausses confidences et un marivaudage plus sérieux qu'il n'y paraît. Là où la photographe se fait spectatrice d'elle-même mais au delà d'un simple "selfique" auto-complaisant.

 

Pinpernelle 2.jpgLa sexualité se déploie loin des espaces sacrificiels. Nous somme loin d'un théâtre de la cruauté là où la créatrice se projette dans un jeu subtil et drôle. Le corps est dans une intimité légère. Entre pudeur et impudeur. Le voyeur se voit "soumis" à  une expérience sans prétention affichée mais beaucoup d'humour et de grâce. Qu’importe alors si la vérité de l'image est un mensonge : il est ici beau et c'est l'essentiel.

Jean-Paul Gavard-Perret