gruyeresuisse

22/07/2018

Sara Serpilli multiple et une

Serpilli 3.jpgLa série « Macarena Project » est partie d’un « tic » : Sara Serpilli chaque matin, avant de partir au travail, écoutait le « tube » à la mode de Los Rios « Macarena ». Ce rituel servait à la stimuler pour affronter son travail de bureau. Peu à peu l’artiste s’est mise à mettre sur Facebook ses autoportraits « sollicités » par cette chanson et accompagnés de textes en s’adressent à une amie imaginaire nommée bien sûr Macarena...

Serpilli.jpgCe modèle devint peu a peu « ma partie drôle, superficielle et optimiste » écrit l’artiste. Le double lui permet d’afficher aussi un humour et une auto dérision. Sara Serpilli se présente dans différentes poses et dans divers endroits de sa maison pour exprimer de manière biaisée son corps (face au media photographique), son âge et son déracinement. Il y a là des clins d’œil à Lara Croft ou aux impératrices italiennes en rappel de ses origines.Le tout non pour se cacher mais être encore plus elle-même, unique dans cette diversité.

Serpilli 2.jpgL’art en sa fable devient l’installation d’un instant, l’état de la présence qui repose et repasse sur la réalité pour parvenir à établir de l’image. C’est moins une négativité du réel que son approfondissement. La sortie de soi permet d’y revenir avec une présence accrue. A partir de l’exercice de la forme l’artiste crée des visions structurantes dont la mobilité est l’axe constitutif

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

21/07/2018

Sarah Michelle Riisager et les incertitudes

Riisager 3.jpgSarah Michelle Riisager est une artiste danoise qui travaille dans les champs de la photographie, la vidéo et la sculpture. Elève de la « Fatamorgana », l’école de la photographie de Copenhague, son appareil fut d’abord un moyen de supporter la mort de son père. Elle part ensuite en Ecosse finir ses études de photographie ) la « Glasgow School of Art ». Depuis elle ne cesse d’exposer dans son pays d’origine puis d’adoption mais aussi aux USA, en Chine et en France à Arles pour festival Les Rencontres de la Photographie.

 

Riisager 2.jpgModeste, l’artiste ne prétend pas révolutionner son art, mais l’empathie qu’elle porte aux modèles lui permet de s’en approcher au plus près. D’où cet intimisme particulier avec les êtres comme d’ailleurs avec les lieux. Entre monumentalité et immersion elle insère le regardeur en une telle proximité. Refusant l’ornemental, l’œuvre se teinte de sévérité mais aussi de douceur et parfois d’une discrète ironie.

 

 

 

 

Riisager.jpgExiste une manière de voir sans se soucier de l’exquis. Ce dernier pourtant ne s’efface pas là où la narration comme le symbolique errent. Une certaine chaleur jaillit de la froideur des lieux.  Evitant toute surcharge les oeuvres prennent une valeur hypnotique. Elles ne cherchent pas à résoudre au sein de leur rébus divers types de leurres. Entre rapprochement et extinction de l’apparence émergent des présences non sans mystère. Des histoires montrées ou racontées ne restent que des indices. L’image n’émarge pas mais émerge de « cette hypocrisie merveilleuse dans lequel elle se perd elle-même » ( D. Mémoire).  Elle ouvre  à une relation d’incertitude en un parcours qui est moins de l’ordre de la mollesse que de la “pointe”.

Jean-Paul Gavard-Perret

Sarah Michelle Riisager, « Frozen », Brothas Editions, Copenhague, 2018.

Sans dessous dessus - le Surréalisme Suisse

Surréalisme suisse.jpg« Surrealism Switzerland », Aargauer Kunsthaus, Aarau,du 1er Septembre 2018 au 2 Janvier 2019

Cette superbe exposition a été montée par Peter Fischer (directeur du Musée de Lucerne et du centre Paul Klee) et Julia Schallberger grâce à Madeleine Schuppli, directrice de l’Aargauer Kunsthaus. Plus qu’une autre elle défend et illustre le Surréalisme Suisse depuis des décennies. Jamais une telle exposition sur ce thème n’a été aussi exhaustive. Elle va des premières heures du mouvement jusqu’aux artistes d’aujourd’hui qu’on peut qualifier de post-surréaliste. Citons - mais la liste est loin d’être exhaustive - parmi les anciens ou les nouveaux : Hans Arp, Walter, Bodmer,Theo Eble, Hans Erni, Valérie , Favre, Alberto, Giacometti, Henriette Grindat, Thomas Hirschhorn, Paul Klee, Friedrich Kuhn, Le Corbusier, Ernst Maass, Meret Oppenheim, Markus Raetz, Germaine Richier, Pipilotti Rist, Ugo Rondinone Dieter Roth, Niki de Saint Phalle, Anita Spinelli, Daniel Spoerri, Sophie Taeuber-Arp, Jean Tinguely, Otto Tschumi, Not Vital, Isabelle Waldberg.

Surréalisme Suisse 3.jpgCes noms animent et révèlent que sous le concept de « surréalisme » se cache tout un melting-pot dont le dénominateur commun majeur est le refus de toute présentation réaliste. Les œuvres des artistes suisses ont - à l’instar des montres molles de Salvador Dali, des paysages-rêves de Magritte ou de Marx Ernst – ouvert des univers tout aussi nouveaux. Hans Arp, Meret Oppenheim et bien sûr Giacometti sont à la hauteur des créateurs les plus reconnus. Les 400 sculptures, peintures, dessins et photographies mais aussi vidéos le prouvent. La Suisse n’a rien à envier à ses voisins.

Surréalisme Suisse 2.jpgDe près ou de loin et sans forcément être à la botte d’André Breton, le surréalisme suisse – même s’il eut du mal à s’implanter en ses "murs" (dans les années 30 à 50), eut une part capitale pour le développement du mouvement. Cela est encore plus important dans ce qui représente le post-surréalisme à partir des années 60 et dont l'exposition ne donne que des exemples en oubliant par exemple le groupe Fluxus qui aurait pu s'intégrer à la mouvance. Néanmoins les œuvres rassemblées illustrent que ce mouvement d’avant-garde est moins caractérisable par un style ou une langue que par attitude artistique critique et toujours en quête de merveilleux. En Suisse le Surréalisme s’opposa à l’idéologie officielle parfois en corrélation  avec d’autres groupes de résistance artistique à Berne, Bâle ou Lausanne tout en n’abolissant jamais l’aspect spirituel d’une avant-garde où - et c’est à noter - les femmes ne furent pas absentes. Bien au contraire. Les Suissesses trouvèrent une place qui fut refusée ailleurs à bien des artistes féminines.

Jean-Paul Gavard-Perret