gruyeresuisse

27/03/2017

André Sanchez : vagabondages


Sanchez 2.jpgAndré Sanchez a créé une série de portraits en un assemblage post-photographique de collages, de textures, de poussières colorées, de rayures, d’éléments graphiques et d’autres adjuvants. Ils métamorphosent l’image initiale en la maquillant pour la faire bouger et créer un mystère proche de la picturalité. La beauté des modèles se creuse, prend d’autres angles. Les apparences premières sont mises en porte à faux de manière discrète. Jaillit un monde étrange de superpositions réunies dans une même vibration.

Sanchez 3.jpgEn ce sens, dans l’œuvre, tout commence ou recommence, tout est inlassablement nouveau. André Sanchez offre des présences décalées à la fois plus intimes et plus distantes.. Le littéral s’approche du symbolique là où le portrait semble soufflé sur une vitre pour qu’il deviennent devienne intrigant. Il faut que chaque rencontre soit impossible ou différée afin que la beauté étreigne le sentiment d’une encoche de l’éphémère transformée en hors temps. L’œuvre affirme donc quelque chose qui est moins la nostalgie du sens que la recherche de ce qu’il peut devenir. Il arrive alors que le temps soit transparent, le moi sans épaisseur : un simple regard peut-être avec ça et là une écriture en écharpe.

Jean-Paul Gavard-Perret

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26/03/2017

Monstres vont : Catherine Liégeois

Liegeois.jpgDans sa pratique du toucher Catherine Liégeois met le doigt (si l’on peut dire) sur un aspect négligé du livre : sa valeur tactile. Elle sert de sortie de secours à certains handicaps (cécité), de propédeutiques aux enfants comme parfois aux scientifiques et donne aux artistes une manière de transformer un « volume » en volume. L’auteure - artiste elle-même et éditrice - verbalise les perceptions tactiles qui impulsent une nouvelle vie au livre et à la transmission qu’il peut « co-mettre » dans sa masse volumique.

Liegeois 2.jpgLa vision originale d’un objet commun - même s’il a tendance à se dématérialiser - jaillit d’un tel remarquable ouvrage dont la jaquette elle-même n’est pas innocente. Sa froidure scintille, remplace l’objet « déconnu » pour le penser en gestes, caresses en ce qui devient des histoires de peau. Le livre prend corps pour un autre plaisir et d’autres fêtes non seulement de l’intellect mais des sens. De grands artistes - comme l’explique - l’auteure réinvente le medium. Quand finit sa platitude, sa chair lourde peut parfois atteindre la satiété d’une machine presque obscène. Elle fait sortir d’objet d’état d’épave affective. Par le toucher ; les livres d’enfants comme ceux d’artistes, permettent une éducation sentimentale et s’affranchit su seul culte de l’esprit.

Jean-Paul Gavard-Perret

Catherine Liégeois, « L’art du livre tactile », coll. Alternatives,Editions Gallimard, ,160 p., 32 e., 2017.

25/03/2017

Clive Arrowsmith : caprices, clins d’oeil et volupté

Arrowsmith 1.jpgCArrowsmith.jpglive Arrowsmith invente entre cérémonial et jeu, gravité et innocence des images ironique et formellement parfaites là où pourtant tout se fabrique à la demande. L’artiste est devenu photographe de mode lorsqu’il était graphiste à la télévision. Il a travaillé très vite pour de grands magazines de mode (Vogue Harper’s Bazaar, Vanity Fair, Esquire). Il est célèbre aussi pour ses portraits de stars (de David Bowie à Def Leppard en passant par le prince Charles). Tel un Penn ou un Avedon mais avec plus de décontraction il ne refuse jamais les grosses campagnes publicitaires : elles lui permettent d’avoir à sa disposition des moyens importants et de développer l’aspect graphique et pictural de ses prises.

A l’ombre des jeunes mannequins en fleurs, l’univers est insidieusement et volontairement transformé en présences énigmatiques et dans un érotisme larvé. L’artiste ne joue pourtant pas de la confusion propre à l’adolescence des modèles. Il s’intéresse à la lumière et l’ombre en des poses d’une théâtralité programmée. L’œuvre est souvent un chant de la féminité. Indifférent à la narrativité psychologique l’artiste défait la présence ou la met en floculation. La vie danse là où les corps rayonnent. Jaillit un rapport dynamique entre les modèles et le photographe : celui là devient le moteur de l'œuvre comme de l’existence du créateur.

Jean-Paul Gavard-Perret

Clive Arrowsmith, Holden Luntz Gallery, Palm Beach, Floride, USA.

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