gruyeresuisse

28/07/2017

L’étrange fabrique des images de Michel Vachey

Vachey.jpgIconoclaste, depuis les débuts des années 1970, Michel Vachey n’a cessé de faire bouger les lignes dans l’esprit de Burroughs et de l’école de San Francisco. Trouvant néanmoins une voie originale ce travail (complété par celui de poète et d’essayiste) est resté confidentiel. Sans doute par ce que ce travail était trop radical, inassimilable. Entre autres dans la pratique du caviardage et de la « cuttérisation ». Son influence demeure néanmoins grande chez les créateurs plus ou moins undergrounds.

 

Vachey 2.jpgSon livre « Trous gris » est constitué de deux suites inédites de dessins. S’y mêlent collages, tampons, peinture, perforation, etc.. Il date de 1978 et les éditions Adverse les présentent enfin. Une forme avénementielle de la sérialité est mise en scène autour de motifs suspendus en équilibre sur le fil ténu séparant l’abstraction de la figuration. En offrant une face à la fois radiante et retirée, l’imae prend corps de manière aérienne, conjonctive loin de tout souci représentation. L’acrobatie tient d’une débandade (ou d’une contorsion) programmée de piqûres.

Vachey 3.jpgMichel Vachey crée ses propres lois logiques en parallèle à celles qu’on a coutume d’appréhender ou de respecter. D’autres versants sont proposés dans ce qui devient grille et matrice et béance contrariée. Bref l’image bouge. L’art n’a plus comme but une vision subalterne du désir mais des sections spéciales l’imaginaire dans ce qui tient du fractionnement plus que de l’alignement par la force d’éclipses et où tout est neuf. Existe une ouverture loin de trémolos ou d’images de songe.

Jean-Paul Gavard-Perret

Michel Vachey, « Trous gris », Editions Adverse, Paris, 40 p., 10 €, 2017.

08:13 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

27/07/2017

Eva Magyarosi : faire bouger les curseurs de l’art

Eva.jpgEva Magyarosi, « Eden, Eva et Adam », Galerie Analix, Genève, été 2017.

La Hongroise Éva Magyarósi est une artiste multi partitas. A seize ans elle publia sont premier livre de poésie puis des nouvelles avant de se lancer dans l’exploration de différents médiums : sculptures, dessins, photographies, animation. Elle est surtout connue désormais pour ses vidéos qu’elle travaille en un mixage de diverses techniques (photographie, dessin et peinture entre autres). Ses œuvres deviennent des narrations poétiques surprenantes, polyphoniques et oniriques. Tout un univers évanescent jaillit afin de suggérer le mystère d’une mémoire aussi personnelle que collective. L’oeuvre fait le lien entre un journal intime et une vision « philosophale » du monde et de cultures que l’artiste ne cesse d’assimiler et de métamorphoser.

Eva 2.jpgElle oriente vers une forme de sophistication faussement « kitsch ». Dans cet univers les images d’Autrefois rencontre le Maintenant, en une fulguration, pour former une constellation neuve. Les mises en scènes sont autant des sortes d’états d’esprit d’instants que d’ironiques mises en abîme en une atmosphère aussi rétro que décalée. Bref s’y « entend » autant l’histoire intime que le mythe. Les personnages jouent à travers les poses que l’artiste invente. Elle se moque avec amour du regardeur qui vit au dépend de celle qui de fait le contemple...

Eva 3.jpgLe pré-visible est jeté à distance à coup d’incongruités. Eva Magyarosi démet le regard de ses réflexes acquis. Il ne peut plus s’ajuster parfaitement à la vision d’une quelconque « pin-up » fétichisée. L’érotisme potentiel et de pacotille est grevé de limailles. Elles entravent la carburation du fantasme par un art qui prend à rebours l’économie libidinale classique et frelatée. Ne renonçant pas à la scénarisation mais en la faisant dévier l’artiste prouve que ce qu’elle donne à voir n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. Elle s’inscrit en faux contre la convention collective des pactes sociaux.

Jean-Paul Gavard-Perret
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25/07/2017

Re-pères de Laurence Boissier

Boissier.jpgLaurence Boissier, « Rentrée des classes », coll. ShushLarry, art&fiction éditions, Lausanne, 200 p., 17,80 CHF, 2017. Publication : le 18 septembre 2017.

Laurence Boissier poursuit son « inventaire de lieux ». Mais pas n’importe lesquels. Ici ce sont des lieux intimes et désormais vides à la suite de la disparition du père de l’héroïne. Lorsqu’arrive la nouvelle entrée des classes, sa mère « se perd dans le grand lit conjugal et son frère se retrouve dans le costume trop grand du chef de famille ». Mais les vies doivent se reconstruire lorsque le froid automnale tombe sur Genève.

Boissier 2.pngPeu à peu de nouveaux rapports, de nouvelles rencontrent se tissent. Si bien que au-delà de la place vide, un remplissage a lieu de l’école des Pâquis à l’immeuble de la rue du Mont-Blanc, des bords de lac et jusqu’à un musée étrange. Tout cela ne se fait pas sans heurts mais les territoires se déplacent afin que la vie aille vers de nouvelles « noces » (pour reprendre un titre de l’auteure).

Ecrire revient à signifier des ailleurs et des ici recouverts bientôt de neige presque bleue. Les feuilles de platanes courent sur les trottoirs, un peu de la pensée les brasse. Le temps se couche sur les intermittences du mystère. Tout cela tremble, chuinte d’inassouvi et rêve de vie après une mort qui parut trop vaste.

Jean-Paul Gavard-Perret