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24/04/2019

Doris Stauffer : préludes à une nouvelle galaxie

Sorcières.jpgDoris Stauffer, "Tremblez tremblez …,Féminisme, sorcières, art et pédagogie", C.C.S, Paris, 26 et 27 avril 2019

Le centre Culturel Suisse de Paris fait retour sur les grandes oeuvres du féminisme à travers les apports de Doris Stauffer figure majeure de la lutte mais tout autant en appelle à des visions prospectives du féminisme créatif des "sorcières" - titre d'une des première revue féministe dans les années 70 mais aussi slogan des féministes italiennes à la même époque « Tremblez tremblez, les sorcières sont de retour ».

Sorcières 3.jpgL'évènement et les activités proposées (tables rondes, projections, ateliers de création  et un edit-a-thon Wikipedia afin de replacer la pensée de Doris Stauffer dans un contexte international et contemporain) abordent divers thèmes tels que l’égalité dans le monde du travail, la position de la femme dans la politique ou dans le système de l’art, l’actualité tragique de certains retours en arrière.

 

 

 

Sorcieres 2.jpgCette proposition ouverte sur l'émancipation des femmes est là pour inventer de nouvelles relations. Elles ne condamnent en rien le désir des hommes mais leur apprendront à assumer pleinement celui des femmes afin que ce que Barbara Polla nomme "les deux parties du ciel" ne s'opposent pas dans des orages mais inventent un bleu limpide. Le rêve urgent est celui d'effacer les rôles d'agresseurs et de victimes le tout dans l'érotisme d'un nouveau rapport au monde et aux autres même si le chemin demeure encore aujourd'hui plus bordé d'épines que de roses.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/04/2019

Gaya Friedlender : anticipations

Gaya.jpgExposition Gaya Friedlender, La Menuiserie, Lutry, du 3 au 12 mai 2019.

"En peinture, c’est comme dans une symphonie, on n’a pas besoin de reproduire le son exact du ruisseau, il suffit que la musique l’évoque." "écrit Gaya Friedlender. Et pour atteindre cette musique elle avance dans le "noir" pour découvrir la lumière à mesure que son travail surprend sa créatrice elle-même.

gaya 2.pngDans la nasse de la peinture, l'imaginaire prend forme afin de saisir autant la peintre que le regardeur au delà de la conscience "sans aucune concession, sans aucune volonté esthétique". En un tel processus de création le pouvoir de l'image révèle toute sa force loin du rêve ou du symbolique.

Gaya 3.pngLe jeu du "je" de l'artiste fomente des images par une série de gestes. Ils produisent un spectacle fascinant et transformatif de ce qui est comme de ce qui nous échappe. Monte à la surface une sorte d'interdit : celui du "scandale de l'esprit" de Bataille, lorsque l'esprit est soudain mis en veille pour traquer ce qui n'existe pas vraiment - ou pas encore - en une sorte de prématurité au sein d'une motricité créatrice impressionnante.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

22/04/2019

Marta Bargman : histoire belge

Bargman 1.pngPremier long métrage de fiction de la réalisatrice documentariste belge  Marta Bargman, ce film en trois parties est une sorte de voyage plutôt réussi chez "ceux qui prennent des douches". Une Roumaine y rencontre un Belge et les aventures commencent même si l'épisode de la rencontre première et sa préparation reste la partie la plus intéressante d'une fiction pleine d'humour et attachante et qui évite le genre "feel-good" en dépit de ses désamorçages.

 

Bargman 2.pngSortant le cinéma du réel avec modestie, la réalisatrice crée un portrait au delà de ce qui pourrait devenir une histoire tragique à fort enjeux dramatique et naturaliste. Les deux personnages (la femme surtout - incarnée par Alina Serban)) l'emportent sur le reste et le contexte pour dégager le film des sentiers battus sur une échelle particulière et au cœur d'une complexité inattendues.

 

Bargman 3.jpgTout se décale par la présence même du corps de la prétendante d'abord effrayée par son futur mari (Tom Werneir) à visage inquiétant mais qui va se révéler un agneau. Le film ne bascule jamais dans le drame au sein d'une dimension fictionnelle où chacun arrive à se comprendre. Tout retombe toujours sur ses "pattes" en une superbe fin. Elle fait glisser dans une atmosphère étrange dénuée de tout commentaire superflu. L'émotion est forte et jamais surjouée.  Une frontière des marginalités se dessine en un exercice de nuances où tout est filmé au niveau des personnages. C'est du Pialat en plus enjoué là où une femme s'émancipe de manière habile, hors oecuménisme mollasson.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 
"Seul à mon mariage", Marta Bargman